Hommage à Mahmoud Darwich (suite)

Publié le par MiJak

Mieux qu'aucun autre, Mahamoud Darwich a chanté la terre, l'amour, la mort, l'exil... Sa poésie foisonnante, est chargée de métaphores, de symboles et de modes d'expression puisés à de nombreuses sources : poésie arabe, mythes grecs ou cananéens, Bible, évangile, etc... A ce titre il est un poète du "divers". Poète de l'altérité,surtout, en ce qu'il est hanté par la question du double, de "l'autre" qui l'habite :

Qui es-tu, mon moi ?
Nous sommes deux sur le chemin
Et un, dans la résurrection.
Emporte-moi vers la lumière de l'anéantisement,
Que je voie mon devenir dans mon autre image.
Qui serai-je après toi, mon moi ?
Mon corps est-il derrière moi ou devant toi ?
Qui suis-je, ô toi ?
Fais-moi comme je t'ai fait,
Enduis-moi de l'huile d'amande,
Ceins-moi de la couronne de cèdre
Et porte-moi de la vallée vers une éternité
Blanche.
Enseigne-moi la vie à ta manière.
Eprouve-moi, atome dans le monde céleste.
Aide-moi contre l'ennui de l'éternité et sois clément,
Lorsque me blessent et pointent de mes veines
Les roses...


"Murale", Actes Sud, 2003, p. 23

  Paysage de Cisjordanie

Pour voir et entendre Mahmoud Darwich lisant un extrait de "Murale" voir la vidéo ci-dessous



 
"Murale" un grand poème de Mahmoud Darwich écrit en 1998 alors que, sur un lit d’hôpital, il était entre la vie et la mort.
Traduction de l'extrait

Comme le Christ sur le lac...
J'ai marché dans ma vision.
Mais je suis descendu de la croix car je crains
l'altitude
Et n'annonce pas la résurection.
Je n'ai changé que ma cadence
Pour entendre, nette, la voix de mon coeur...
Aux épiques, les aigles et pour moi, Le Collier
du pigeon,
Une étoile abandonée sur les toits
Et une ruelle menant au port...
Cette mer m'apartient,
Cet air humide m'appartient,
Ce quai et ce qu'il porte
De mes pas et de mon sperme... m'appartiennent
Et le vieil arrêt du bus m'appartient et m'appartiennent
Mon fantôme et son maître, les ustensiles de
cuivre,
Le verset du Trône, la clé,
La porte et les gardes et les cloches.
Et le fer de la jument
Envolée des remparts m'appartient
Et m'appartient ce qui était mien,
La citation de l'Evangile
Et le sel laissé par les larmes
Sur le mur de la maison...
Et mon nom, quand bien même je prononcerais mal mon nom
Fait de cinq lettres horizontales, m'appartient :
     Le mîm du fou d'amour, de l'orphelin, de qui accomplit le passé,
     Le hâ' du jardin, de l'aimée, des deux perplexités et des deux peines,
     Le mîm de l'aventurier, du malade de désir, de l'exilé apprêté et préparé à sa mort annoncée,
     Le waw de l'adieu, de la rose médiane,
     de l'allégeance à la naissance où qu'elle advienne,
      de la promesse des père et mère,
     Le dâl du guide, du chemin, de la larme d'une demeure
     effondrée et d'un moineau qui me cajole et m'ensanglante.


Ce nom m'appartient...
Et il appartient à mes amis où qu'ils se trouvent.
Et mon corps passager, présent ou absent m'appartient...
Deux mètres de cette tourbe suffiront désormais...
Un mètre et soixante-quinze centimètres pour moi...
Et le reste pour des fleurs aux couleurs désordonnées
Qui me boiront lentement. Et m'appartenait
Ce qui m'appartenait, mon passé, et ce qui m'appartiendra,
Mon lendemain lointain et le retour de l'âme prodigue.
Comme si rien n'avait été.
Rien qu'une blessure légère au bras du présent absurde...
Et l'Histoire se rit de ses victimes
Et de ses héros...
Elle leur jette un regard et passe...
Cette mer m'appartient.
Cet air humide m'appartient.
Et mon nom,
Quand bien même je prononcerais mal mon nom
gravé sur le cercueil,
Mon nom m'appartient.
Mais moi, désormais plein
De toutes les raisons du départ, moi,
Je ne m'appartiens pas,
Je ne m'appartiens pas,
Je ne m'appartiens pas...

Murale, p. 50-52





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