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Mijak Journal de route imaginaire au pays du réel

Mijak Journal de route imaginaire au pays du réel

Voyager à travers poésie, littératures, cultures... pour goûter la diversité des imaginaires, sentir le divers, et surprendre l'intraitable beauté du monde


La poésie des mots pour éclairer la nuit : Antoine Choplin

Publié par MiJak sur 24 Février 2013, 19:21pm

 

La-nuit-tombee-copie-1.jpeg"La nuit tombée", le dernier livre d'Antoine Choplin (La fosse aux ours, 2012) est simple, lumineux, poétique.


L'action de ce court roman dure le temps d'une nuit... C'est l'histoire de Gouri, un homme à moto tirant une remorque bringuebalante et qui, à la nuit tombante,  traverse la campagne ukrainienne... 

A  bout de deux pages, on comprend vite que le titre de cette histoire n'est que la métaphore de la nuit qui s'est abattue sur toute une région, lorsque le 26 avril 1986 l'explosion du réacteur n° 4 de la centrale de Tchernobyl a libéré dans l'atmosphère d'importantes quantités d'éléments radioactifs, provoquant une très large contamination de l'environnement et de nombreux décès et maladies.


Gouri a une mission  : retourner dans la ville de Pripiat, située dans la zone sinistrée, afin de rapporter un objet précieux à ses yeux. Auparavant, il s'arrête dans le village de Tchevtchenko où il retrouve d'anciens amis et compagnons qui ont survécu à la catastrophe et sont restés dans la zone, marqués à jamais dans leur chair et leur coeur et tentant de s'accrocher à ce qu'ils peuvent pour survivre dans ce no man's land anéanti. Quelques uns de ces hommes ont fait partie comme Gouri des "liquidateurs", chargés de nettoyer le toit du réacteur " à coups de pelle dans cette espèce de merde qui te fait bouillir les sangs"...


Pour Gouri, devenu écrivain public à Kiev, la bouée qui lui permet de surnager dans cet océan de mort, ce sont les mots... des poèmes qu'il écrit chaque jour :

 

" Quelques mots chaque jour, oui un poème si on veut, comme un petit crachat de ma salive à moi dans le grand feu. Et ce sera comme tous les jours que Dieu me donnera." (p. 75)

 

 

L'écriture d'Antoine Choplin est sobre, sans fioritures. C'est sans doute ce qui lui donne cette force poétique pour traduire aussi bien les souvenirs intimes des habitants que les stigmates humains ou environnementaux de la catastrophe. Il s'en dégage une douceur lumineuse qui tranche avec la pénombre qui s'est abattue sur cette portion de terre pour affirmer que l'espoir n'a pas disparu quand le néant semble avoir triomphé...

 


                Pripiat-1.jpg

 

"La bête n’a pas d’odeur

                Et ses griffes muettes zèbrent l’inconnu de nos ventres

                D’entre ses mâchoires de guivre

                Jaillissent des hurlements

                Des venins de silence

                Qui s’élancent vers les étoiles

                Et ouvrent des plaies dans le noir des nuits

                Nous voilà pareils à la ramure des arbres

                Dignes et ne bruissant qu’à peine

                Transpercés pourtant de mille épées

                A la secrète incandescence"

                (p. 72-73)

 

 Pripiat-2-copie-1.jpg

 

« Il y a eu la vie ici
Il faudra le raconter à ceux qui reviendront
Les enfants enlaçaient les arbres
Et les femmes de grands paniers de fruits
On marchait sur les routes
On avait à faire
Au soir
Les liqueurs gonflaient les sangs
Et les colères insignifiantes
On moquait les torses bombés
Et l’oreille rouge des amoureux
On trouvait le bonheur au coin des cabanes
Il y a eu la vie ici
Il faudra le raconter
Et s’en souvenir nous autres en allés. »
(p. 71)

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