Un samedi au musée (1) : Indian Highway IV ou l’universel délocalisé

Publié le par MiJak

C’est grâce au Passeport offert aux abonnés de Télérama que nous franchissons le week-end dernier les portes du MAC (Musée d’Art Contemporain) de Lyon.


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Dès le hall d’entrée, l’épave d’une vieille berline démodée à côté d’un amoncellement de vaisselle en céramique décorée attire notre attention…



Mais, pour l’heure, nous sommes impatients de grimper les escaliers pour rejoindre le premier niveau de l’exposition « INDIAN HIGHWAY IV ».

 



Cette expo inédite s'étend sur 2 étages et présente les oeuvres de 31 artistes indiens. Le chiffre quatre (IV) accolé au titre indique que nous vivons le quatrième épisode de « Indian Highway ».  Il s’agit, en effet, d’une exposition dont l’itinéraire traverse plusieurs continents et qui se trouve, à chaque étape, renouvelée. Le noyau initial est préservé, mais chaque commissaire peut supprimer ou ajouter des pièces nouvelles par rapport à l’étape précédente. Après Londres, Oslo, Herning et Lyon, l’expo passera  à Rome, Moscou, puis Hong Kong, Singapour, Sao Paolo, et … Delhi. Dans chaque lieu donc,  un épisode inédit,  qui diffère  à chaque fois du précédent et offre une variation singulière sur le même thème : l’Inde d’aujourd’hui. 


Une expo qui traduit en acte l’idée de la « relation » chère à Glissant :

« Il y a aujourd’hui à chaque point du monde des regards, à la fois divergents et convergents, qui forment des réseaux complexes. Il n’est plus possible de les ignorer. Nous sommes connectés les uns aux autres, si bien que les notions mêmes d’« ici » et de « là-bas » n’existent plus. Du coup, le principe d’« identité enracinée » fait place, dans l’art, à une délocalisation générale. »


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L’ expo nous projette loin des clichés « exotiques » et se démarque d’une approche « folklorique ». L’idée de « transit » est au cœur du propos. Le titre : « Autoroute indienne » souligne l’importance que revêtent aujourd’hui les flux migratoires, l’impact des mouvements de pensée et l’importance des liens entre communautés rurales et urbaines.

 

Certaines oeuvres font référence aux « autoroutes de l’information », tandis que d’autres expriment les prises de position face à la société indienne en pleine mutation.


« Jusqu’à présent, chaque point du monde s’est contenté de concevoir l’universel à partir de son propre point de vue. L’exposition Indian Highway cherche elle aussi à penser l’universel, mais en s’appuyant sur une pratique mondialisée. Il ne s’agit plus d’aboutir à une totalité close, mais de partir d’un noyau et d’organiser des échanges. Aujourd’hui, le globe existe ! Il n’y a donc plus que des centres relatifs qui sont des points de … D’où une vision de l’art indien qui n’est pas close. Il n’y a donc pasde dernière station avant l’arrivée. L’exposition est plastique comme l’art : elle s’adapte et n’aura pas de fin. L’important est de comprendre que l’intérêt est dans le parcours. »


Une expo à voir, donc. Parmi les œuvres qui ont retenu mon attention, j’ai noté celles des artistes suivants :


Subodh Gupta :Take off your Shoes and wash your Hands,  une oeuvre exceptionnelle par sa taille (27 mètres de long) et son effet lumineux liés à la vaisselle inox qui la compose. Une autre installation intéressante reproduit un cabinet d’avocat avec une video « Date by date »Indian_Highway_IV.jpg


 

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Jitish Kallat avec son Aquasaurus (squelette humain d’un camion citerne, soulignant l’urgence dramatique du problème de l’eau). 


 

 

 

 

 

 

 

 

N S Harshaavec son immense toile Come Give Us a Speech (2008) qui reproduit une foule de personnages sur le mode de la miniature…nsharsha.jpg


valayshendeValay ShendeTransit (2010) : un immense camion transportant des anonymes, silhouette élégante à la présence rendue fantomatique car entièrement faite d’une multitude de bouchons en inox.

 

 

 

 

 

 

 


 

 

Bose Krishnamachariavec une installation : Ghost / Transmemoir (2006-2008) réalisée avec des boites à déjeuner accrochées à des poignées de bus et qui délivre une multitude de sons et d’images : un bourdonnement à l’image de la métropole géante de Bombay…Ghost-Transmemory.jpg


hemaupadhyay.jpgEt une autre œuvre (dont j’ai oublié le titre) évoquant le fourmillement et l’infinie densité urbaine de Bombay. La ville est  reproduite en maquette miniature avec des matériaux de récupération et accrochée sur les murs et la plafond d’une pièce. On dirait une ruche urbaine dont les innombrables alvéoles se seraient accrochées aux parois d’une grotte ;  en y pénétrant, le visiteur  éprouve  le chaos  ! Cette œuvre me rappelait le sentiment éprouvé devant une œuvre de Tony Capellan présentée en 2009 à l’expo « Kreyol Factory » : des centaines de tongs sertis de barbelés ramassées sur une plage. Là on évoquait les souffrances liées à l'exil. Ici, c'est de l'écrasement éprouvé face au gigantisme urbain (et ses inégalités criantes) de la mégalopole indienne dont il s'agit. Mais l'émotion éprouvée devant l'une et l'autre oeuvre est aussi intense...

 

Pour plus d'infos sur cette expo magnifique, voir le site du MAC de Lyon.

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