Un samedi au musée (2) : Pascal Marthine Tayou, poète de la relation

Publié le par MiJak

Encore un étage, et nous entrons dans l’univers de Pascale Marthine TAYOU. « Always all ways » tel est le titre de son exposition. « Tous les chemins mènent à vous, où vous êtes », c’est ainsi que le traduit l’artiste… Du coup, je prends conscience que l’œuvre que nous avions croisé en entrant dans le hall du musée faisait partie du message.


 

PMT.jpgNé à Yaoundé (Cameroun) en 1967, Pascale Marthine Tayou vit et travaille en Belgique, à Gand. Mais l’artiste reste un nomade, parcourant le monde. Artiste « hors cadre », c’est le cas de le dire, puisque  « Always all ways » déborde les murs du musée d’art contemporain. L’expo s’ouvre dans le hall, se poursuit au 3° étage, dans les escaliers, et se prolonge par un parcours en différents quartiers de la ville, de la Guillotière à la Presqu’Ile.

 


Au 3° étage, une forêt de crayons géants suspendus au ciel nous accueille. Comme pour signaler que pénétrer dans l’univers de Pascale Marthine Tayou est une aventure périlleuse. En effet, les troncs d’arbre appointés oscillent dangereusement au passage des visiteurs. La menace est signalée par le titre de l’œuvre : « Damoclès » !

 

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Perpétuelle oscillation entre réalité et fiction, entre rêve et réel, entre humour et sérieux, tel semble être la caractéristique de l’œuvre de l’artiste. Menace ? Danger ? Difficile de ne pas y penser concrètement quand on se faufile entre ces pesants rondins de bois. Si l’un d’eux se détachait, il vaudrait mieux ne pas se trouver dans la trajectoire de sa chute !

 

Je préfère penser que ces troncs taillés en pointe sont une panoplie de crayons avec lesquels l’artiste se plaît à (re)dessiner le monde et à (re)écrire l’Histoire… Un seul crayon est insuffisant tant le regard de Pascale Marthine se veut pluriel, riche, foisonnant ; il lui faut en outre des crayons surdimensionnés, car la tâche qu’il s’impose c’est :  élargir l’horizon de nos perceptions,  repousser les limites de nos représentations habituelles…


umbrella.jpgEt pour cette tâche, l'artiste mobilise une multiplicité de matériaux  de toute sorte : ustensiles du quotidien, neufs ou usagés ; symboles africains et produits des cultures occidentales. La matière première est principalement fournie par les « objets-détritus » de la société (matériaux de récupération glanés en Afrique ou au supermarché d’à côté, amas de papiers déchirés, frigos éventrés, chiffons, fripes…). Avec eux, l’artiste invente sans cesse de nouvelles combinaisons qui sont autant d’interrogations  – à résonance sociale, économique, écologique, politique- adressées au visiteur.

 

Des parapluies accrochés dessinent un paysage à la fois champêtre et citadin ; une boule de chapeaux laisse échapper le son d’un chant d’oiseau ; des sacs plastiques (objet nuisible par excellence) composent un immense cône coloré et poétique…


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Tayou-Mac.jpgL’accent est mis sur le dérisoire, le précaire. Comme pour mieux mettre en relief les contradictions du monde où nous vivons et en révéler l’inextricable complexité… Tout en appelant au mouvement, à la légèreté, au va-et-vient, à l’échange… seule façon de vivre libéré des cadres imposés par cette monstrueuse machine à fabriquer du consentement qu’est devenu notre planète mondialisée.

 

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Mais ici, pas de place au pessimisme. L’humour et la joie sont toujours présents. « Faire une expo, c’est pour moi célébrer la vie », affirme Pascale Marthine Tayou. En parcourant ses installations, on pressent que ce qu’il célèbre avant tout ce sont les relations humaines. Son exposition est un point de rencontre entre les hommes. Son travail vise à relier des œuvres avec des lieux, l’homme avec l’homme…et ce faisant, ouvrir de nouveaux possibles. Il en appelle même à un « big bang » continu et généralisé !

 

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«Nous vivons dans un état de combinaisons, de rencontre des pensées. Ma religion, si j’en avais une, serait que les cultures aient besoin d’exploser, afin d’en générer de nouvelles, en continu, de nouvelles civilisations, de nouvelles approches. Car tels que nous existons, nous sommes des mutants. »


Dangereux, Pascale Marthine Tayou ? peut-être... Imprévisible ? sûrement, … comme le sont les poètes ! Car en me promenant dans les méandres de "Always all ways" j'avais le sentiment de parcourir les lignes d'un "grand poème fait de rien" pour reprendre les mots de Saint-John Perse :

 

"Et ce n'est point errer, ô
Pérégrin
Que de convoiter l'aire la plus nue pour assembler aux syrtes de l'exil un grand poème né
de rien, un grand poème fait de rien..." (Saint-John Perse, Exil II)

 

 

Ci-dessous, Pascale Marthine Tayou parle de "Always All Ways" :

 


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