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Mijak Journal de route imaginaire au pays du réel

Mijak Journal de route imaginaire au pays du réel

Voyager à travers poésie, littératures, cultures... pour goûter la diversité des imaginaires, sentir le divers, et surprendre l'intraitable beauté du monde


Voyage par-delà le Grand Fleuve avec Francis Pornon

Publié par MiJak sur 21 Novembre 2011, 22:06pm

Après un long silence, je reviens d'un mois riche en évènements, en rencontres, en lectures aussi... Impossible de tout résumer ici ! Parmi les moments les plus marquants, j'en retiens un :

 

Francis.jpgLes retrouvailles avec notre ami Francis Pornon, écrivain et poète. C'était  à l'occasion de la soirée de clotûre du festival "Parole Ambulante" le 22 octobre dernier,  au cinéma Gérard Philippe à Vénissieux. Francis y donnait lecture de quelques extraits d'un de ses derniers polars avant de remettre le prix Jean Lescure, attribué au lauréat d'un concours de nouvelles sur le thème du cinéma. Ce n'est pas par hasard si Francis faisait partie des écrivains invités cette année. Le fil conducteur de cette édition 2011 de "Parole ambulante" était emprunté à l'un de ses poèmes qui a donné son titre à un recueil de textes poétiques divers : "Par-delà le Grand fleuve"...Ce recueil vient d'être publié en mai 2011 aux éditions "La Passe du vent"

 

Le Grand Fleuve, pour Francis, c'est la Méditerranée, selon l'expression que lui avait apprise un de ses élèves lorsqu'il enseignait la philosophie au lycée de Bejaia en Algérie. "Mare nostrum", notre mer (notre mère !), cette Méditerranée qui a façonné notre imaginaire commun, que nous soyions de la rive nord ou de celle du sud... Elle imprègne le coeur, les mots, l'écriture de Francis.

mosquee-de-Cordoue-2.jpgEn cette soirée d'octobre, le Grand Fleuve baignait encore nos échanges, tandis que nous évoquions les souvenirs de l'aventure vécue ensemble au sein de l'association "Averroès" dont Francis fut de nombreuses années le président, avant de retourner en terre occitane.

 

Jeter des ponts entre les deux rives de la Méditerranée, ou plutôt arracher à l'oubli les liens d'amour tissés entre les langues et les cultures (amour dont El Andalous est en quelque sorte la métaphore), en déceler les fécondations invisibles et les métissages inattendus, tel était notre projet. Projet un peu fou, sans doute. Il fallait toute la conviction et l'énergie de Francis pour donner sève et vie à ce projet et nous porter toujours plus loin ...


Francis me fit part de la grande tristesse que lui avait causé la disparition en 2004 de son vieux compagnon, le guitariste Miguel-Oscar Miranda dont la musique avait joué tant de fois de ses textes comme d'une partition, en particulier "Par-delà le grand fleuve" et "Chanson d'amour de loin". Un autre musicien, Sergio Ortega, disparu un an plus tôt, reste aussi gravé dans le coeur de Francis. Chilien exilé, il avait composé le fameux opéra "Splendeur et mort de Joachim Murieta" sur le texte de Pablo Neruda... et avait mis en musique "Le trésor magnifique" (texte de Francis) qui fut joué pour la première fois à l'auditorium de Lyon en 2000.

Il me parla enfin de son travail d'écriture  qu'il continue à présent sur les rives de la Garonne : des polars, bien sûr, car c'est un genre qu'il affectionne particulièrement (ses derniers titres : "Rêves brisés" et "Toulouse barbare"), mais aussi des notes de voyages ("Algérie des sources"), sans oublier la poésie...


 

De cet entretien - hélas trop bref , je ne repartis pas les mains vides puisque je rapportai  deux livres : "Par-delà le grand fleuve" (poésie) et "Cap au sud" (Reportages et carnets de route).

 

 

"Lorsqu'en nous nous croirons, quand nous nous aimerons

Sur la mer éternelle et sous l'azur durable,

Là, les grands vents des mots et les chairs sous-marines

Au grand pays de l'autre auront profonde mine,
Les bijoux et les yeux se fondant en l'orage,

Au désir rouge, à blanche paix, nous renaîtrons"

 

(Le Trésor Magnifique, dans Par-delà le grand fleuve, La Passe du vent, 2011, p.66)

 

"...

automne_arbres_feuilles_mortes-copie-1.jpgNous autres sommes des arbres aux feuilles mortes

Mais la sève continue de monter

Et nous restons seuls cultivant

Envers et contre mers et vents

De l'amour du passé le chant

Dans le poème à plusieurs temps

et pour le malheur

Ou peut-être le bonheur

Nous portons un tatouage au coeur..."

 

 

Ce deuxième extrait est tiré de "Chanson d'amour de loin" (ibid. p. 61), poème qui porte en exergue ce mot de Joë Bousquet : "Chacun est l'errant."

 

Francis, éternel errant,  explorateur des territoires de la fraternité, bêcheur fouillant l'épaisseur du divers, traquant les lentes germinations de l'humain... "On peut prendre Francis Pornon pour un Juif de Rabat, une Arabo-Andalou de Cherchell, un Berbère de Carcassonne, un Occitan de la Réunion. Petit Poucet semant ses cailloux dans la forêt d'une humanité où il aimerait se retrouver." (Charles Silvestre dans la préface de "Cap au Sud").

 

Dans un article au sujet du livre "Choses vues en Egypte" de Roger Vailland, Francis, lui-même infatigable voyageur, écrivait : "...le voyage recèle une clé irremplaçable pour aiguillonner la lucidité, pour se réveiller à l'émerveillement devant le monde et à l'émotion devant les hommes, se réveiller tout court."  

(Cap au Sud, Ed. Le temps des cerises, 2006, p. 93)

Une vérité que feraient bien de méditer tous ceux qui partent en voyage ou qui en reviennent...

 

En tout cas, il est des hommes et des femmes dont la rencontre est une bouffée d'oxygène. Francis, tu es de ceux-là. Merci à toi, tes mots réveillent en nous une lucidité salutaire en ces temps où l'anesthésie généralisée menace de toutes parts.


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