Yves Bonnefoy : une quête de la présence

Publié le par MiJak

 

Yves-bonnefoy.jpgJe voudrais réunir, je voudrais identifier presque, la poésie et l'espoir, car écrire de la poésie, c'est  rendre le monde au visage de sa présence...

 

Au soir de ce jour, en redonnant un nouveau look à ce blog, je recueille quelques-unes des notes griffonnées en mars dernier à la fête du livre de Bron lors de l'entretien au cours duquel Jean-Pierre Siméon dialoguait avec ce monument de la poésie française qu'est Yves BONNEFOY

 

"La poésie est faite pour la rencontre et non pas d'abord pour le déchiffrement"

 

"L'objet de la poésie c'est de rendre à la chose sa propre présence."

 

"La poésie laboure la conscience de soi"

 

"Dans son fondement, la poésie est une expérience de la Parole, portée par sa propre voix."

 

 

Et ce poème, tiré du recueil "La pluie d'été" :

 

Que ce monde demeure,
Que les mots ne soient pas
Un jour ces ossements
Gris, qu'auront becquetés,

 

Criant, se disputant,
Se dispersant,
Les oiseaux, notre nuit
Dans la lumière.

 

Que ce monde demeure
Comme cesse le temps
Quand on lave la plaie
De l'enfant qui pleure.

 

Et lorsque l'on revient
Dans la chambre sombre
On voit qu'il dort en paix,
Nuit, mais lumière.

 

Yves Bonnefoy
Les planches courbes. 2001. Gallimard

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M
"Le son est une matière, comme toutes les matières il a ses sculpteurs" dit Yves Jaigu.<br /> <br /> Et le texte écrit ? J'y ai pensé souvent et je me dis que l'analogie est justifiée. Qu'un poète peut sculpter sa langue! Mais comme un être vivant.<br /> <br /> Mais comment concrétiser cette mise en corps? On ne peut pas faire des voeux pieux et se contenter de dire ce qu'il faudrait faire! L'hyperconscience linguistique qui caractérise ces dernières<br /> décennies interdit la croyance naïve dans les mots, même dans les mots de la poésie!<br /> <br /> Belle citation d'Yves Bonnefoy : "La poésie ne peut plus se permettre d’être naïve, il faut qu’elle se protège de l’envahissement du conceptuel par une conscience de soi on ne peut plus avertie, et<br /> pour ce faire il lui faut revisiter et analyser sa propre histoire, il lui faut donc du savoir, de la philologie, seuls moyens de ne pas se retrouver à glisser à la surface des œuvres qui nous<br /> importent."<br /> <br /> Oui difficile pour la poésie d'être à l'abri de ce glissement, difficile d'avoir cette conscience de soi on ne peut plus avertie :<br /> <br /> Belle citation de Louis Latourre : "Qui forment le poème, – ce sont bien moins les mots, qu'une mise en harmonie (dissonances incluses) des signes qui les portent ; qu'une mise en résonance des<br /> sons qui les composent. Qu'une redistribution (on espère inspirée), de graphèmes et de phonèmes choisis pour leurs aspérités, leurs appuis ou leurs points d'ancrage possibles. Par quoi le<br /> corps-à-corps littéraire et physique concrètement se vive ; et crée le relief – dynamique, rythmique, visuel et sonore – de tout le texte écrit.<br /> <br /> 'Le corps lieu et salut du discours' dit Yves Bonnefoy.<br /> <br /> S'échappant de la feuille, sortant de l'écran plat, ce matériau graphique, cette matière pré-verbale consciemment exploitée, d'un discours puisé aux sources de son image et de son bruit, peuvent<br /> donner à quelque poésie de nouvelles façons et de nouvelles raisons d'être (celles d'être, notamment, autrement proférée).<br /> <br /> Concentration ouverte... Effort de résistance à l'attraction verbale, à ses automatismes, forgé aux profondeurs cachées de tout langage... « Contraction excentrique » – telle des muscles profonds<br /> qui bien que peu visibles, compensent constamment l'attraction terrestre et assurent la prestance, la stature déliée, mobile, et le bel extérieur. Par rééquilibrage intello-sensoriel, une poésie<br /> s'empêche de tomber dans les mots.<br /> <br /> Voilà remises en cause les normes lexicales, les routines syntaxiques... Et secoués les rites inconscients du discours intérieur constamment proféré et subi.<br /> <br /> Ce cri, ces contorsions de l'être ébloui d'être...<br /> <br /> Ce couloir vers le jour – dont certains choisissent de tailler la forme et la matière, – ne leur en voulons pas, ne leur disputons pas le corps de l'entreprise. Il se peut qu'ils en fassent une<br /> chambre d'écho, un lieu de résonance ou dissonance heureuse... Le bénéfice du doute serait... poésie."<br /> <br /> http://www.youtube.com/watch?v=DxCMi2pM6SQ
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M
"Le son est une matière, comme toutes les matières il a ses sculpteurs" dit Yves Jaigu.<br /> <br /> Et le texte écrit? J'y ai pensé souvent et je me dis que l'analogie est justifiée. Qu'un poète peut sculpter sa langue! Mais comme un être vivant.<br /> <br /> Mais comment concrétiser? On ne peut pas faire des voeux pieux et se contenter de dire ce qu'il faudrait faire! L'hyperconscience linguistique qui caractérise ces dernières décennies interdit la<br /> croyance naïve dans les mots, même dans les mots de la poésie!<br /> <br /> Belle citation d'Yves Bonnefoy : "La poésie ne peut plus se permettre d’être naïve, il faut qu’elle se protège de l’envahissement du conceptuel par une conscience de soi on ne peut plus avertie, et<br /> pour ce faire il lui faut revisiter et analyser sa propre histoire, il lui faut donc du savoir, de la philologie, seuls moyens de ne pas se retrouver à glisser à la surface des œuvres qui nous<br /> importent."<br /> <br /> Oui difficile pour la poésie d'être à l'abri de ce glissement, difficile d'avoir cette conscience de soi on ne peut plus avertie :<br /> <br /> Citation de Louis Latourre : "Qui forment le poème, – ce sont bien moins les mots, qu'une mise en harmonie (dissonances incluses) des signes qui les portent ; qu'une mise en résonance des sons qui<br /> les composent. Qu'une redistribution (on espère inspirée), de graphèmes et de phonèmes choisis pour leurs aspérités, leurs appuis ou leurs points d'ancrage possibles. Par quoi le corps-à-corps<br /> littéraire et physique concrètement se vive ; et crée le relief – dynamique, rythmique, visuel et sonore – de tout le texte écrit.<br /> <br /> 'Le corps lieu et salut du discours' dit Yves Bonnefoy.<br /> <br /> S'échappant de la feuille, sortant de l'écran plat, ce matériau graphique, cette matière pré-verbale consciemment exploitée, d'un discours puisé aux sources de son image et de son bruit, peuvent<br /> donner à quelque poésie de nouvelles façons et de nouvelles raisons d'être (celles d'être, notamment, autrement proférée).<br /> <br /> Concentration ouverte... Effort de résistance à l'attraction verbale, à ses automatismes, forgé aux profondeurs cachées de tout langage... « Contraction excentrique » – telle des muscles profonds<br /> qui bien que peu visibles, compensent constamment l'attraction terrestre et assurent la prestance, la stature déliée, mobile, et le bel extérieur. Par rééquilibrage intello-sensoriel, une poésie<br /> s'empêche de tomber dans les mots.<br /> <br /> Voilà remises en cause les normes lexicales, les routines syntaxiques... Et secoués les rites inconscients du discours intérieur constamment proféré et subi.<br /> <br /> Ce cri, ces contorsions de l'être ébloui d'être...<br /> <br /> Ce couloir vers le jour – dont certains choisissent de tailler la forme et la matière, – ne leur en voulons pas, ne leur disputons pas le corps de l'entreprise. Il se peut qu'ils en fassent une<br /> chambre d'écho, un lieu de résonance ou dissonance heureuse... Le bénéfice du doute serait... poésie."<br /> <br /> http://www.youtube.com/watch?v=DxCMi2pM6SQ
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