Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Fernando Pessoa : le voyageur immobile

Publié le par MiJak

pessoa.jpgAu soir de ce premier Mai, je voyage en compagnie de Fernando Pessoa , cet "inconnu de lui-même", comme l'appelait Octavio Paz...


"Je est un autre" disait Rimbaud.


"Vivre c'est être autre" écrit Pessoa,

lui qui s'est inventé  quantité d'hétéronymes. Nul mieux que lui  n'a éprouvé avec autant de force et de douleur que le divers nous traverse de l'intérieur, au point davoir "mal à la tête et à l'univers"...

 

 

 

 

 

Voici quelques-uns de ses "Fragments d'un voyage immobile" :

 

 

Un homme peut, s'il est vraiment sage, jouir, sur une chaise de tout le spectacle du monde, sans savoir lire, sans parler à personne, en n'utilisant que ses sens, à la condition que son âme ne soit jamais triste.(Fragments d'un voyage immobile, 51)


Il m'arrive de soutenir qu'un poème est une personne, un être vivant, qu'il appartient, avec une présence corporelle et une existence charnelle, à un autre monde où notre imagination le projette. (id.13)


Mon âme est un orchestre secret; j'ignore quels instruments je pince et lesquels grincent à l'intérieur de moi. Je ne me connais que comme une symphonie. (22)


Sois pluriel, comme l'univers. (23)


Enrouler le monde autour de nos doigts comme un fil ou un ruban dont joue une femme qui rêve à sa fenêtre. (30)


Sentir tout, de toutes les façons. (52)


Tout sentir de toutes les manières,

Tout vivre de tous les côtés

Etre la même chose, en même temps, de toutes

        les façons possibles...  (65)


Je ne dors pas. J'entresuis. (90)


Vivre, c'est être autre. Et sentir n'est pas possible si l'on sent aujourd'hui comme l'on a senti hier. (70)


Je suis la scène vivante où passent plusieurs acteurs qui jouent plusieurs pièces.  (178)


Le poète est un simulateur.

Il feint si parfaitement

Qu'il finit par feindre qu'est douleur

La douleur qu'il ressent vraiment. (221)


Je n'évolue pas : JE VOYAGE. (227)


La terre est faite de ciel.

Le mensonge n'a pas de nid.

Jamais personne ne s'est perdu.

Tout est vérité, et chemin. (223)


Je me sens né à tout instant
A l'éternelle nouveauté du Monde... (226)


Il est nécessaire de naviguer, vivre n'est pas

nécessaire...

Vivre n'est pas nécessaire : ce qui est

nécessaire, c'est créer. (241)

 

 

Un poème de Pessoa lu par la chanteuse brésilienne Maria Bethania :

 

 


Partager cet article
Repost0

Pâques : le printemps des "chasseurs pacifistes"

Publié le par MiJak

sissokoSegal01.jpgEn cette nuit de Pâques, nous avons choisi de célébrer la vie qui renait en nous laissant bercer par les sons purs et lumineux de la musique de Ballaké Sissoko et Vincent Segal. Les deux compères, l'un à la Kora, l'autre au violoncelle, dessinent une musique qui redonne "le goût de l'écoute à nos oreilles meurtries par la cacophonie ambiante" (propos de Francis Dordor, Les inrocks). Une musique "pour prendre la clé des champs, mettre en déroute les petites misères qui font obstacle à l'harmonie"(Patrick Labesse, Le Monde).


Selon Vincent Segal, les instruments à cordes ont leur origine dans l'arc des chasseurs. Un jour, l'un d'eux, fatigué peut-être de courir après le gibier, s'assit et s'aperçut qu'il pouvait tirer des sons en pinçant la corde tendue de son arme. Le son de l'instrument s'améliora le jour où on eut l'idée d'y ajouter une calebasse pour faire une caisse de résonance; plus tard, un autre s'aperçut qu'en frottant la corde d'un arc plus petit sur la corde du premier, on obtenait une vibration continue; l'archet (petit "arc") était né. Mais du coup, tuer ne leur disait plus rien; ils préféraient s'adonner à leur nouvelle passion. Les chasseurs, devenus "pacifistes" venaient d'inventer le premier orchestre à cordes. Une belle histoire, non ?

Alors quand un joueur de Kora malien et un violoncelliste français se retrouvent, ils entament, par instruments interposés,  un dialogue qui devient vite harmonieux; c'est que ces deux-là parlent la même langue : celle des chasseurs pacifistes... Un dialogue qui évidemment n'a rien à voir avec les conversations des chasseurs vantant leurs exploits au bistrot du coin !...

Ici, c'est un art de la conversation, basé sur l'écoute et l'attention à l'autre, et qui atteint un trés haut degré de raffinement et de justesse dans cet album "Chamber music" (enregistré chez Salif Keita au Mali).

 

Bien sûr, il est difficile de ne pas penser à deux autres "chasseurs pacifistes", encore deux monstres sacrés de la musique malienne :  Ali Farka Touré (guitare) et Toumani Diabaté  (Kora). Après leur fabuleux voyage "au coeur de la lune" (In the Heart of the Moon), et alors qu'Ali était touché par la maladie qui devait l'emporter en mars 2006, ils ont décidé de graver pour la postérité des morceaux songhaï, peuls et mandingues, qui scellaient l'amitié entre les familles Touré et Diabaté. Le morceau "Sabu Yerkoy", chanté en songhaï est peut-être le plus emblématique de ce dialogue.


"Ali et Toumani dépassent ici toute notion de lieu, de temps, de virtuosité. Ils sont juste eux-mêmes. A travers la magie des notes... ils échangent ce qu'ils ont de plus précieux et de plus intime. Une dernière conversation essentielle."
En un mot, un hymne à la vie, plein de confiance et de joie pure...
Partager cet article
Repost0

Steve Shehan & Cie : la pulsation du tout-monde !

Publié le par MiJak

Ce Jeudi 25 mars, il était 20h23 lorsque nous franchissions l’entrée de l’opéra de Lyon, pour le premier des trois concerts donnés par  Steve Shehan.  Quelques secondes plus tard, nous voilà devant le guichet ! Surprise : plus qu’une seule place assise ; pour la deuxième place il fallait accepter d’être debout au moins pendant la première partie du concert.  Pour 5 euros, pas de raison de s’en priver ! Surtout pour voir et écouter des artistes de cette trempe !

shehan-Residence.jpg

Cette « Residence Steve Shehan » était destinée à faire découvrir les multiples facettes de ce percussionniste d’exception qu’est Steve Shehan, et en particulier ses récentes explorations dans l’univers de la musique touarègue. Pour cela, le vendredi et le samedi, il devait jouer en compagnie d’un autre musicien d’exception :  Nabil Othmani, fils du grand musicien touarègue Baly Othmani.

Mais pour l’heure, ce premier soir, ils n’étaient que trois… Il suffit d’énumérer leurs origines et les instruments dont ils jouent pour donner une idée de la saveur de ce cocktail musical où l’on pouvait ressentir la pulsation du « tout-monde » et l’intense vibration du « divers » :

Steve Shehan est  américain, né d’un père Cherokee et d’une mère européenne. Percussionniste passionné, sensible à toutes formes d’expressions musicales et sonores, il a joué avec les plus grands : de Bob Dylan à Peter Gabriel, en passant par Sting, John Mac Laughlin, Paul Mac Cartney, Geoffrey Oriema, Rokia Traoré, etc… etc… Très tôt, il est parti à la recherche d’instruments rares, de langages inouïs, de traditions rythmiques et mélodiques de toutes sortes. Ce soir, il a donné un aperçu de sa générosité avec une variété d’instruments tels que : djembé, darbouka, congas, hadgini, hangs, bendir, ocean drum, sans oublier les cymbales aux multiples vibrations et divers sortes de balais avec lesquels il caresse les peaux... ses mains étant bien entendu son instrument de frappe favori…

 

 

Vladiswar Nadishana, lui, est originaire de Sibérie. Il est l’héritier d’une culture méconnue du sud de la Sibérie, la civilisation Kuzhebar. NADISHANA démultiplie ses talents sur plusieurs instruments qu'il a lui-même recréés ou inventés, voyageant et faisant voyager l'auditeur à travers différentes traditions musicales que les Anciens Kuzhebars auraient inspiré ou par lesquelles ils auraient pu être inspirés. C'est ainsi que Vladiswar NADISHANA a entrepris de reconstruire une quantité d'instruments à cordes, à vents ou de percussions, en se fondant sur les principes de création des Anciens Kuzhebars. Il a ainsi conçu ses propres prototypes de flûtes, kalyuka, fujara, kaval, repensées pour permettre différentes techniques de jeu. Il possède de même de superbes guimbardes (kou xiang chinois, dan moi vietnamien, morsing indien...) Et comme si ça ne suffisait pas, NADISHANA a également créé de toutes pièces d'autres instruments expérimentaux, en utilisant tout ce qui lui passait entre les mains. C'est ainsi avec des canettes de bières ou une bonbonne d'eau en plastique qu'il a donné naissance à des percussions ou avec un tuyau en plastique flexible qu'il a engendré le « ghost catcher ». Certains sont inspirés par des instruments d'autres cultures, dûment modifiés, comme ce « set » de quatre guimbardes, ou cette guitare-sitar-mandole qui répond au curieux nom de « dzuddahord ». Il est vrai que la plupart des instruments inventés par NADISHANA portent des noms qui sont en soi de vrais poèmes ésotériques : pruzhingum, rablorrum, rod-spring gamelan, plastrimbaphon, banbang, pin-sansa... Et pour chacun d'eux, Vladiswar NADISHANA a élaboré sa propre technique de jeu.

 

 

 

 

Peter Herbert, le troisième homme, lui est autrichien et il ne joue que d’un seul instrument : la contrebasse !  En réalité, il ne se contente pas d’être un simle bassiste accompagnateur, mais c’est un véritable compositeur/créateur. Il se plait en permanence à explorer les voies de l’improvisation. Ce soir, il nous en a donné un aperçu avec un extrait en solo d’un de ses derniers CD : « Bassooka, music for basses ». Voir un aperçu de son jeu en cliquant ici.

 

Un tel mélange ne pouvait donc qu’être explosif, intense, jubilatoire ! Et la soirée passée en compagnie de ces trois oiseaux rares fut tout simplement un véritable moment de bonheur !
On peut déjà découvrir un aperçu de la soirée du 27 mars où Nabil Othmani était présent avec le trompettiste Ibrahim Maalouf.


 


Partager cet article
Repost0

Beauté mandingue

Publié le par MiJak

Le bogolan danse

sur le corps

ondulant

des femmes

qui rentrent

du marché

Un souffle léger

 et parfumé

a tiré

de sa torpeur

le caméléon

endormi.

Ses yeux

gyrophares

s’animent

en tous sens

affolés

par le spectacle

de tant de beauté.

Tandis que

le fleuve nonchalant

transporte

la mélodie

cristalline

de la kora

et la voix

lancinante

des griots.

 

Poème  inspiré par la musique du CD de Dee Dee Bridgewater « Red Earth : a malian journey »

 dd bridgewater

« Sans traces dans mon pays des Etats Unis, je suis retournée vers la musique africaine, en espérant qu’en écoutant les différentes musiques des pays de l’Afrique Noire, l’un d’eux me parle avec une force spirituelle inéluctable. C’était le Mali… Le "blues Malien", ma forte attirance pour cette terre rouge - signe des forces de la vie-, ma ressemblance physique au peuple Peul ont confirmé ces forts sentiments dès ma première visite au Mali… L’Afrique est le berceau de notre civilisation. Elle est notre mère à tous. »

 

Un aperçu grâce à la vidéo ci-dessous :

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0

Frédéric Bruly Bouabré, poète, prophète, inventeur d'écriture

Publié le par MiJak

Entré dans une librairie aujourd’hui à la recherche d’un exemplaire de « L’or » de Blaise Cendrars, mes yeux tombent sur la couverture de ce livre exposé parmi les nouveautés :Livre-Bordas.jpg

 

L’invention de l’écriture, par Philippe Bordas,

Editions Fayard

 

Je le feuillette et découvre les premières lignes :

« Il arrive que l’écriture naisse d’un humain, lettres et syllabes, qu’un alphabet naisse sous nos yeux.

Un enfant ivoirien fuit le travail forcé et devient le meilleur apprenti de la langue des Blancs.

Il décide d’offrir un alphabet à son ethnie privée de lettres et soumise aux lois d’Occident.

Il invente une écriture authentique d’Afrique et réalise la forme verbale de l’insurrection.

Je vais parler de Bruly Bouabré, poète, prophète, encyclopédiste, le plus fort exemplaire poétique vivant. »

En fait, le livre se présente comme un long poème en prose à la gloire d’un homme hors du commun:  Frédéric Bruly Bouabré, ivoirien né en 1923, à Zéprégühé, dans la région de Daloa.

Suite à une vision céleste survenue en 1948,  Frédéric Bruly Bouabré se consacra à donner à l’Afrique une écriture entièrement africaine. C'est aussi à partir de ce moment-là qu'il se fait appeler Cheik Nadro (le Révélateur ou "celui qui n'oublie pas").

frederic_bruly_bouabre.jpg

Il fallait en effet un homme hors du commun pour oser  ce que cet homme a réalisé : « inventer une écriture ». C’est-à-dire qu'il a donné une représentation graphique à une langue vernaculaire ­ la sienne ­, le bété, parlé dans l'ouest de la Côte-d'Ivoire. Parce qu'il en est intimement persuadé: c'est par l'écriture que les anciens Egyptiens puis les Européens ont assis leur domination culturelle. Pour cette tâche, Bruly s’est inspiré de figures géométriques découvertes sur des pierres d'un village du pays bété. Il  a ainsi élaboré un ingénieux alphabet, formé de 449 pictogrammes auxquels correspondent des syllabes, lui permettant  de consigner les langues du monde entier.

            Bruly-Bouabre-Frederic-pigozzi-collection-162.jpg        canari.jpg 

Dans sa démarche universaliste, il s'adonne également à une quête poétique de signes qui expliquent le monde à partir de relevés sur l'écorce d'une banane, la forme d'un nuage ou des scarifications. Ses travaux, réalisés au stylo bille et aux crayons de couleur sur des  petites cartes en carton,  jouent à la fois sur l'écriture et le dessin. Ils contiennent une dimension philosophique, poétique et spirituelle et témoignent d’une connaissance encyclopédique. Bruly se définit lui-même comme « membre authentique de l'humanité et parent de toutes les races».

Ses oeuvres (contes, récits, poèmes, etc.) ont été publiées en à partir de 1958 par Théodore Monod, un autre être humain considérable.

 Frédéric Bruly Bouabré poursuit aujourd'hui encore, à 87 ans, une œuvre prolifique née d'une révélation reçue il y a plus de soixante ans.

Pour retranscrire un destin aussi fabuleux, il fallait une écriture accordée à la beauté poétique du personnage. Ce que réussit parfaitement Philippe Bordas, d’après les quelques pages que j’ai eu le temps de lire…

divine-peinture-copie-1.jpg

 

Pour un aperçu plus complet sur l'oeuvre de Frédéric Bruly Bouabré cliquer ici.

Partager cet article
Repost0

Haïti Kompa : la musique au coeur

Publié le par MiJak

« Si je ne me raisonnais à certains moments, je crierais à qui voudrait bien l’entendre qu’Haïti est le plus beau et le plus ravissant pays du monde et que les Haïtiens représentent un peuple beau, grand et magnifique. (...) »
Jean MétellusHaïti une nation pathétique


Le même poète, Jean Métellus affirme aussi : "Je soutiendrais que tout homme né sur la terre d’Haïti possède automatiquement (...) le don de la musique."

Haiti, île de poètes, mais aussi de musiciens. Et comment parler de la musique en Haiti sans parler du Kompa et de groupe mythiques tels que Coupé Cloué, Carimi, Skah Sha Number One, les Frères Déjean, Michel Martelly, T-Vice et bien sûr Tabou Combo

Les Tabou Combo ont en 2002 fêté leurs 30 ans de succès au Zénith (l'une des plus grandes salles de Paris) avec des invités de marque : Jocelyne Beroard, Jean-Philippe Marthely, Jacob Desvarieux et Beethova Obas.

Ce sont les Ambassadeurs du Konpa : Roger M."Shoubou" Eugène, Albert Chancy Jr, Yvon André, Herman Nau, Yves Joseph, Ralph Condé, Yves A."The fridge" Abel.


Tabou Combo est le groupe le plus célèbre d'Haïti. Depuis plus de 30 ans, ils triomphent à travers le monde (Antilles, Amérique du Nord, Afrique et Europe), se proclamant les "ambassadeurs du Kompa", ce rythme typique d'Haïti qui se chante en français, en anglais, en espagnol et en créole. Formidable machine à danser, super-orchestre de bal, les Tabou Combo ont roulé leur bosse en Amérique du Nord, en Europe (France, Royaume-Uni, Pays-Bas, Suisse....), dans les Caraïbes et même jusqu'au Japon. Leur histoire commence en 1967 dans une petite église d'Haïti où deux musiciens, Albert Chancy Jr et Herman Nau, donnent leur premier concert. Très rapidement, ils montent une formation et enchaînent concert sur concert. En moins de 2 ans ils acquièrent une telle popularité qu'en 1969 Radio Haïti leur décerne le prix de "Meilleur groupe musical de l'année". L'année suivante, tout le groupe part s'installer à Brooklyn et, en décembre 1970, Tabou Combo donne son premier bal à New York. C'est le début d'une longue carrière internationale.

Parmi les groupes haitiens qui se sont imposés sur la scène nationale et internationale, au cours des dernières vingt-cinq années du 20ème millénaire, un des plus marquants est sans conteste  Skah Shah, qui malgré les dissensions connues a fait vibrer, danser, pleurer beaucoup de gens en Amérique du Nord, en Haiti, aux Antilles et en Europe. Le Skah Shah est un groupe haitien qui a embrasé le paysage haitien grâce à sa musique originale et aux sons expressifs d'un virtuose du saxophone, Loubert Chancy sans oublier d’un Cubano chanteur du groupe avec sa voix chaude. Voir la vidéo ci-dessous :



Enfin, la nouvelle génération du Kompa,  avec Reynaldo et Robert Martino, les filsd'un père "haïtien blanc" (d'origine italienne) Robert Martino (fondateur des Gipsies de Petion-ville, Scorpio Universel, bref un ancien de la musique haïtienne toujours présent avec Top-Vice / Nu-Vice) et leur groupe : T-VICE

Ici Reynaldo avec  Jocelyne Labille
dans le clip "J'aimerais te revoir" , un clip plein de couleurs et de chaleur...
 

Si vous aimez, voci un site incontournable pour découvrir, voir et entendre du Kompa : KompaParis.com ... et entendre battre le coeur d'Haïti !

Partager cet article
Repost0

Un africain italien : sagesse et politique

Publié le par MiJak

Jean-Leonard Touadi est devenu le premier italien noir, à être élu député au parlement italien, en avril 2008.
J-Leonard-Touadi.jpgNé au Congo-Brazzaville en 1959, il est arrivé en Italie en 1979. Journaliste, il est également diplômé de sciences politiques et titulaire d’un doctorat de philosophie.

Il a travaillé à la RAI (une chaîne de télévision italienne), a été professeur d’anthropologie et de philosophie, chroniqueur dans la revue "Nigrizia". Il n’est pas coupé du reste de la diaspora africaine et a déjà écrit plusieurs livres en italien, sur l’Afrique. Deux des plus connus sont « Africa, la pentola chez bolle » (Afrique : une marmite en ébullition) et « Africa in pista » (l’Afrique en piste).
En novembre 2007, l'agression d'une enseignant italien, laissé pour mort, avait soulevé la polémique quand un immigré roumain avait été arrêté pour ce crime. Sous la pression de l'opinion publique remontée contre les roumains, le gouvernement avait voté une loi permettant l'expulsion d'immigrés qui menaçaient l'ordre public.
Jean-Leonard Touadi avait dû monter au créneau, déclarant que des groupes d'extrême-droite profitaient de l'occasion pour promouvoir une culture raciste en essayant d'aller à la chasse aux roumains, pour donner la sensation à la ville qu'ils avaient réussi à venger les italiens.

Nous l'avons découvert grâce à l'émission diffusée sur la B-World Connection. Une fois de plus, Brother Jimmy nous fait découvrir un représentant de cet humanisme pour le 21ème siècle tel que l'entrevoyait Nelson Mandela lorsqu'il affirmait : "Le 21ème siècle sera africain ou ne sera pas."

Jean-Léonard Touadi est une figure de l'Africanité, non pas au sens géographique, mais
 l'Africanité comme "une façon d'être en relation avec le monde".

Une émission à regarder absolument de bout en bout !
JeanLeonard-touadi.JPGPour voir la video, cliquer sur l'image
B. World Connection : Jean Léonard TOUADI ''Sagesse et Politique'' + BONUS
Partager cet article
Repost0

Haïti île à poètes (suite...

Publié le par MiJak

Cette phrase relevée sur le bloc-note de Thierry Caille (site Montray Kreyol)

"Haïti ne mourra pas car trop de poètes l'ont créé."

accompagnée de l'extrait d'un poème de Carl Brouard :

Combat-de-Coq.jpgNous
aux cœurs
puissants comme des moteurs
qui aimons
les combats de coqs
les soirs élégiaques,
le vrombissement des abeilles
dans les matins d’or,
la mélodie sauvage du tam-tam,
l’harmonie rauque des klaxons,
la nostalgie poignante des banjos.

Nous,
les fous, les poètes,
nous qui écrivons nos vers les plus tendres dans des bouges
et qui lisons l’Imitation dans les dancings.

Nous
qui n’apportons point la paix,
mais le poignard triste
de notre plume
et l’encre rouge de notre cœur.


Carl Brouard (1902-1965)
(pages retrouvées)


source Potomitan

 

En écho, deux textes poétiques, profonds et poignants sur la difficulté et la nécessité d'écrire au coeur de la tragédie: "Deux pièces détachées", textes composés par Thélyson Orélien, jeune poète d'Haïti, et publiés sur le blog "Parole en Archipel" : ici.

 


Ca y est ! Le site "Poètes pour Haïti" est ouvert !

 

Que peuvent les poètes ?
Certes écrire. Dire l’innommable. L’insondable souffrance.
Partager ce cri intérieur, l’ouvrir au monde pour qu’il soit
l’acte de solidarité espéré.
Puisque l’internet nous le permet, nous passons de la
douleur en mémoire, de la souffrance en espoir. Une chaîne
de mots solidaires naît peu à peu…

 

Haiti-peinture.jpg                                                                             On peut le voir en cliquant sur l'image :


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partant d'un appel du poète et écrivain d'origine mauricienne Khal Torabully, relayé par Dana Shishmanian, poétesse d'origine roumaine, ce site propose le premier livre humanitaire en ligne.

Partager cet article
Repost0

Cantate pour Haïti, île à poètes

Publié le par MiJak

Un mail reçu aujourd'hui de Khal Torabully, le grand poète Mauricien, nous prévient que son projet "Poèmes pour Haïti" prend forme, le site devant être bouclé ce soir.
Son idée est de réaliser une collecte de poèmes voués à constituer un "volume" virtuel, consultable sur le net, et qui serait téléchargeable contre cost, les bénéfices étant collectés par une oeuvre humanitaire agissant sur place en Haïti et digne de confiance.

Khal a composé quelques jours après le séisme un texte intitulé "CANTATE POUR HAITI".
Il nous l'avait lu lors d'une soirée consacrée à l'Océan Indien dans le cadre du festival Vaulx Film court, accompagné
d' Alain Gili, directeur du Festival International d’Afrique et des Îles.

CANTATE POUR HAÏTI - "In the heart of darkness" Joseph Conrad

haiti_temoignage.jpgTexte de Khal Torabully, 15/1/2010 :


Haïti, je t'écris cette cantate ultime
Car il n'y a pas d'homme éternel
Pour veiller au carrefour des tremblements.
Le ciel ne s‘est pas fissuré, le vent
Ne s'est pas jeté dans les bras de l'abîme -
La lumière pourtant s'est noyée dans le miel.

CANTATE POUR HAÏTI

Port-au-Prince s'est penché
Sur sa faille redoutable, infinie,
Jacmel a fui les corps des damnés.

haiti ttCANTATE pour les enfants malaimés
Du prodigieux Toussaint Louverture…
Le regard de l'enfant s'enfonce dans le plancher,
L'œil du mourant s'est écrasé sur l'azur.

Haïti, il n'y a pas que la terre qui tremble.
Ma colonne vertébrale vacille, il me semble.
Ma conscience blessée saigne au plafond de la parole.
Partout des visages hagards rôdent, une folle
Me regarde, me demande où se trouve Haïti,
Son Haïti créole, son Haïti toujours indéfinie…

CANTATE POUR HAÏTI,

haiti_4.jpgQue dire d'un pays à terre
Qui maintes fois s'enterre
Pour se signer au seuil de l'enfer ?

CANTATE POUR HAÏTI

Nous t'offrons le chant des versets remués.
Nous mains sont offertes, évincées, lacérées,
Le soleil à genoux, pour toi, supplie.

CANTATE POUR HAÏTI,

Mes mots tremblent aussi,
Mon inspiration anéantie,
Mon poème s'est trahi.

peintur-haitienne.jpgHaïti, la fente de l'Atlantique se réveille.
Partout la poussière balaie où la mort veille.
Une femme accouche de l'ombre d'un enfant
Et son cri se fracasse en stupeurs et tremblements.
Que l'aveugle oublie sa cécité pour te voir en face,
Que la parole qui s'efface te laisse son ultime trace !

CANTATE POUR HAÏTI

POUR TOI, LE MOT TREMBLE A L'INFINI !

K.TORABULLY.




Voir l'appel à poèmes pour Haiti de Khal Torabully en cliquant ici.

Et comme Haiti est une "île à poètes", on peut en apprécier quelques-uns en cliquant ici.

Une soirée de solidarité baptisée "Cantate pour Haiti" avec la présence de Khal et de diverses associations aura lieu le 5 février à Vaulx en Velin...
Partager cet article
Repost0

Haïti ne mourra pas !

Publié le par MiJak

Encore un message d'espoir, celui de l'écrivain guadeloupéen Ernest Pépin. Il l'a lu lui-même hier en direct sur le plateau de l' émission que RFO Guyane consacrait à Haïti :


HaitiSeisme2.jpg

"Les voiles de la mort sont venues à nos portes. Les vagues de la terre ont poudré les visages. Le ciel est trop petit pour accueillir les morts et les rues hurlent comme des fantômes blessés sous le masque des vivants.

Haïti !


Haïti !

Au visage de cendre, au ciel couvert de sang, prie d’une voix somnambule la poussière des dieux.

Il y a une nièce, une sœur, un père dont l’absence nous hèle. Ils habitent l’invisible dans un décor de mouches.

Il y a ceux qui dorment debout ou à même les trottoirs. Leurs yeux calcinés refusent de se fermer.

Il y a ceux qui portent sur leur tête le désespoir dans une valise maigre.

Il y a celle qui meurt enceinte sous les pierres du malheur et que l’on tire en vain pour que le soleil pleure.


Haïti !


Haïti s’agenouille auprès des immeubles explosés, des corps tuméfiés et toute la ville marche d’un pas de fossoyeur.

Désastre qu’on emporte dans des draps de fortune.

Désastre d’entrailles quand la vie s’évapore dans un regard d’eau morte.

La mule du malheur court toujours comme une femme folle. Haïti !

Nous sommes avec vous, hommes de boues sèches et femmes que le silence déchire.

Nous sommes avec vous, enfants de malemort, quand le pays s’en va, de secousses en secousses, dévorer les enfances.

Nous sommes avec vous et nous disons pour vous une parole solidaire. Parole déshabillée où seule règne une larme.

Vous êtes toutes nos guerres et c’est notre sang qu’un cimetière allume comme un cierge.

Vous êtes l’ombre couchée de nos oublis d’antan. L’éclat dur de nos silences d’antan.

Des siècles ont crié meurtris de tant de cris et les arbres se sont nourris du silence des oiseaux.

Mais la terre demeure !

Mais la vie demeure !

Mais demeurent le sang et la foi des vivants !

Haïti n’est pas mort sous ses paupières de nuit.

Haïti ne mourra pas, trop de poètes l’ont créé !

Nous donnons leur nom au lendemain, au petit jour des mots, à la griffe de l’espoir, au petit peuple faiseur de miracles.

Haïti ! Soleil des carrefours et qui va son chemin de lumière convulsée, d’imprévisible survie parmi les cimetières et la graphie des vents.


Mais la terre demeure !


Mais la vie demeure !


Mais demeurent le sang et la foi des vivants !


Haïti ne mourra pas !

Nous lui tendons les mains pleines d’ancêtres-frères et nous pleurons parce qu’il nous faut pleurer, mais nous écrivons sur tous les murs tombés, au nom de cette enfant ressuscitée au bout de son cauchemar :


HAÏTI NE MOURRA PAS !


HAÏTI NE DOIT PAS MOURIR !"


Ernest Pépin

Faugas, le 16 janvier 2010


On peut aussi retrouver le texte sur le site de Montray Kreyol.

 

C'est encore Ernest Pépin qui écrivait en octobre 2009 un poème intitulé "Poètes d'Haïti" dont nous tirons ces lignes :


"...À Port-au-Prince les poètes sont légions
Ils lancent dans la ville
Des ailes de papillons
Des avions en papier
Des lettres d'amour
Des colibris bleus
Et des cris de prophètes..."

Schelomi-Lacoste.jpegOui, à Port-au-Prince les poètes sont légions... Et si nous avons appris ces jours, grâce aux auteurs du blog "Parole en archipel" des nouvelles rassurantes sur la santé d'écrivains Haïtiens que nous aimons : Gary Victor, Lyonel Trouillot, Frankétienne et son épouse, un article trouvé hier nous informait du décès d'un jeune auteur : Schelomi Lacoste. Il avait publié il y a quelques temps un texte intitulé "Grand-Père, sa Bible et moi" qu'on ne peut lire sans émotion... Par-delà sa mort, ses paroles se joignent à celles de tous les poètes de Port-au-Prince pour contribuer à reconstruire Haiti, "pour ne pas rompre la chaîne d'or"....

Partager cet article
Repost0

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>