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Mamoudou Bolly ou la force des échanges

Publié le par MiJak

 

Visité ce dimanche une intéressante expo d'un artiste original, originaire du Burkina-Faso : Mamoudou Bolly.

 

 

Né en 1971 dans la province du Bam au nord du Burkina, dans une famille d’éleveurs peuls, Mamoudoud Bolly sera initié par ses parents et ses ainés à la technique traditionnelle du bogolan. Elle est utilisée au Mali, au Burkina et en Guinée. Le support est une toile grossière de coton tissée en bandes étroites d’un douzaine de centimètres cousues bord à bord puis teinte avec de la terre et des décoctions de végétaux.

A 11 ans il quitte sa famille et pendant 6 ans va vivre avec les enfants des rues à Ouagadougou, récupéré un moment par un maître coranique qui l’ envoie mendier pour son propre compte. Finalement il retourne à 17 ans dans sa famille, se perfectionne avec sa mère dans le bogolan et bientôt repart. Il va voyager dans toute l’Afrique de l’ouest, exerçant toutes sortes de petits boulots. En Côte d’Ivoire il est peintre en bâtiment, récupère les fonds de pots et peint sur de vieilles planches.

En 1999 il rejoint ses frères au centre d’artisanat d’art de Ouagadougou. Invité par des représentants d’associations il vient en France, anime des ateliers de bogolan, commence à exposer. Ses voyages vers la France sont de plus en plus fréquents. Il vit maintenant à St Etienne.

Ses toiles sont exposées un peu partout en France ( en particulier à la maison de pays de Mornant) mais aussi en Suisse, Andorre et même dans une galerie à New York,

Son oeuvre évolue avec le temps, Sa peinture très colorée s’inspire de la nature (beaucoup d’animaux, chats, zébus et moutons des troupeaux de son enfance) mais aussi des thèmes plus abstraits comme la Pensée, Parfois le style semble naïf, ailleurs on croit reconnaître une influence cubiste, Il aime bien faire des inclusions de matériaux récupérés : bois, métal, tissus,etc...

 

Prières, méditation, travaux spirituels. Beaucoup d'enseignements qu'il transmet à travers ses toiles dans lesquelles la notion de "force" (la force de la nature, la force de la présence, la force des échanges) et celle de l"iberté "sont très importantes.

 

Il défend l'idée de ne pas s'enfermer dans une culture ou un système de pensée quel qu'il soit...

 

Un artiste sympathique, témoin de la beauté du divers...

 

"Je continue à mélanger ici et là-bas pour voir le résultat... Ca me donne une autre façon de voir les choses".

 

voir la video ci-dessous :

 



 


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Autoportrait d’une femme « puissante » : Marie NDIAYE

Publié le par MiJak

Je l’avoue, je n’ai pas encore lu le livre qui fait parler de lui en cette rentrée littéraire (et qui est en tête des ventes!) : « Trois femmes puissantes » de Marie NDIAYE.
J’ai lu son interview dans Télérama n° 3110 du 22-28 août, et la vidéo d’entretien consacrée à son livre sur le site Mediapart.

Cette auteur, née d’une mère française et d’un père sénégalais,  mère de famille, épouse de l’écrivain Jean-Yves Cendrey et sœur de l’historien et sociologue Pape Ndiaye vit aujourd’hui à Berlin. J’ai été séduit par sa personnalité empreinte de douceur et d’authenticité. Poussé par le désir d’en savoir plus, et en attendant d’avoir en main son dernier ouvrage, je me suis précipité sur son « Autoportrait en vert » paru en 2005 au Mercure de France.



Livre étonnant qui bouleverse les codes et les conventions de l’autobiographie. Le titre évoque plutôt celui d’un tableau de peintre, un peu à la manière de Velazquez dans les Menines, où l’artiste se met en scène en train de peindre la famille royale; on peut penser aussi à Raymond Depardon présent sur la photo qu’il est en train de prendre, par le biais du rétroviseur de la voiture où il se trouve.

 

De fait le livre de Marie N. joue sur plusieurs plans, avec un effet de mise en abyme, si bien qu’on ne sait plus ce qui relève de la fiction et ce qui relève de la réalité autobiographique, au travers d’une écriture subtile. Le livre est d’ailleurs jalonné de photographies anciennes en noir et blanc, « photos d’inconnus » dont la plupart proviennent d’une collection anonyme, et donc en rien autobiographiques !

La réalité est pourtant bien présente; Marie Ndiaye habitait alors un village de Gironde, dans cette région depuis toujours soumise aux crues de la Garonne. La Garonne, ce fleuve « d’essence féminine » est d’ailleurs un personnage à part entière du livre. L’attente angoissée d’une crue du fleuve en décembre 2003 sert de point de repère chronologique répété au long de la narration. S’intercalent au milieu plusieurs retours en arrière, parfois datés (2000, 2002, 2001) parfois non. Ces flash-back sont rythmés par l’apparition -disparition - réapparition d’une (ou plusieurs ?) mystérieuse « femme en vert » qui hante la narratrice en s’introduisant par effraction dans la trame de son existence. Cette figure est liée à « l’inquiétant souvenir d’une femme en vert » qui, à l ‘école maternelle, terrorisait les enfants : « Nul doute que j’ai été l’un de ces enfants transportés par la femme en vert le long d’un interminable couloir » (p. 15). Cette figure se diffracte en une multiplicité de personnages : une amie, une femme fantasque rencontrée par hasard, la femme qui a volé l’amour de jeunesse d’une autre, ou cette amie d’enfance qui a épousé le père de la narratrice… autant de « femmes en vert ». « Le vert ne saurait être fatalement la couleur de la méchanceté, mais qui peut nier que la méchanceté aime tout particulièrement s’orner de toutes sortes de verts ? » (p.16)
Finalement la dernière femme en vert se révèle être la propre mère de la narratrice. « Comme il est curieux , après qu’on a côtoyé sa propre mère pendant une quarantaine d’années, après qu’on s’est heurté à elle sur toutes sortes de questions mais le plus souvent et violemment au sujet de l’inertie, de la tristesse, de la mortelle pauvreté de son existence à elle dont il nous semblait, sans doute à tort, qu’elle enténébrait et dépersonnalisait la nôtre, comme il est curieux que cette femme qu’on ne supportait plus de connaître aussi bien tout d’un coup se métamorphose d’elle-même en femme verte et en devienne une des figures les plus troublantes, les plus étrangères. » (p. 63-64).
Après une tentative (ratée) de renouer les liens avec sa mère partie faire sa vie ailleurs, le constat sera amer : « Ma mère est une femme en vert, intouchable, décevante, métamorphosable à l’infini, très froide et sachant, par la volonté, devenir très belle, sachant aussi ne pas le désirer. Ma mère, Rocco et Bella, où en sont-ils à présent ? Je n’écrirai pas, eux non plus, jusqu’au jour où, peut-être, une lettre m’arrivera d’un lieu inconnu, accompagnée de photos d’inconnus qui se trouveront être mes proches à divers degrés - lettre dont, même si elle est signée « Maman », je contesterai l’authenticité, puis que j’enfouirai quelque part où elle ne sera pas dénichée. » (p. 72)



Derrière ces paroles un peu dures faut-il entendre l’écho d’un blessure d’enfance pas totalement refermée ? Blessure que l’auteur cherche peut-être à soigner dans l’écriture ? La violence, notamment celle qui se joue dans les relations familiales, n‘est-elle pas un thème très présent dans tous ses livres ?
« On croit savoir Marie Ndiaye peu portée aux confidences » relève le journaliste Thierry Cécille.  Dans l’interview récemment accordée à Télérama, à la question posée : « Vous souvenez-vous de la première envie d’écrire ? »  elle répond : « - Non je ne m’en souviens pas, c’est vraiment trop lointain, je dirais volontiers que j’ai cette envie depuis toujours. ».  Un peu plus loin, au cours de l‘entretien, elle lève un coin de voile sur le climat familial de son enfance : «  J'ai grandi dans la banlieue parisienne des années 70, un monde absolument conventionnel et homogène, disons la frange la plus populaire de la classe moyenne. La grande cité de Fresnes doit être aujourd'hui très différente, mais, à l'époque, il y a trente-cinq ans, nous formions, ma mère, mon frère et moi, un type de famille assez inhabituel. Nous étions les deux seuls enfants dont les parents étaient divorcés, ce qui paraît incroyable aujourd'hui. De plus, évidemment, notre père absent était africain. Tout cela fait que je me suis sentie sans doute, non pas étrangère, ce serait un mot trop fort, mais décalée. Différente. Et ce, bien plus que j'en avais conscience, car objectivement ce n'est pas quelque chose qui me gênait. J'étais une fillette très présente, très sociable, mais, sans que je me rende compte, j'ai dû ressentir cette impression de léger écart. »
Le ton irénique de cette description tranche quelque peu avec le portrait que, dans « Autoportrait en vert », la narratrice fait de sa mère… et de sa relation conflictuelle avec ses deux soeurs perdues dans leur appartement de banlieue et leur vie grise ? Au fait, ces deux sœurs »ont-elles une existence réelle ou fictive ? Ne font-elles pas partie de ces « femmes en vert », découpant en arrière-plan leur silhouette équivoque ?
«  Il me faut, pour traverser calmement ces moments d’hébétude, d’ennui profond, de langueur désemparante, me rappeler qu’elles ornent mes pensées, ma vie souterraine, qu’elles sont là, à la fois être réels et figures littéraires sans lesquelles l’âpreté de l’existence me semble racler peau et chair jusqu’à l’os. »

                        

C’est le propre des livres de Marie N. d’osciller sans cesse entre réalité et fiction, d’amener en douceur son lecteur à « décrocher » et à se retrouver dans une réalité « décalée », comme dans un flou photographique. Ce décrochage survient à plusieurs reprises dans le texte de son « Autoportrait ». Comme pour nous rappeler que la trame de nos vies est traversée de moments où nous nous sentons comme étrangers à notre propre existence. C’est quand la vie nous broie et nous déchire que nous éprouvons le plus intensément cette étrangeté. Nous flottons alors entre rêve et réalité. Au point que nous ne savons plus si c’est notre vie ou celle d’un autre. Comme dans un « flou »…  Serait-ce le propre des adultes d’être voués au supplice de la perplexité ?

En fin de compte, nous en apprenons plus sur la vie de Marie Ndiaye dans son « Autoportrait en vert » que dans l’interwiew où elle parle de son enfance. Mais sans que l’on puisse percer son secret, cette part d’énigme qui l’habite et qui toujours nous échappe. Un peu comme cette chose noire, étrange, cette « forme sombre, mouvante, nerveuse »  que les habitants du village ont cru voir dans la cour de l’école et qui se sauve sans que l’on sache vraiment de quoi il s’agit. Il n’y a que les enfants qui l’ont vraiment vue, mais sans être capables de la nommer :
« Les enfants me demandent si je l’ai vu, si je peux leur donner le nom de ce que j’ai vu. Ils tournent vers moi leurs petites figures ensorcelées. Certains ont l’air repus, fatigués, comme les lionceaux après le festin.
 - Il faut rentrer à la maison, dis-je en frissonnant. Non, je ne sais pas comment ça s’appelle. Je crois, dis-je, que ça n’a pas de nom dans notre langue. »

Eprouver la fragilité de nos certitudes, assumer l’imprédictible de l’existence,  affronter l’obscur, l’innommable et l‘indéchiffrable de notre monde…
 
Il y a, comme dans toute existence, une part d’énigme dans la vie de Marie Ndiaye, mais c’est sans doute ce qui fait de cette figure frêle et douce une « femme puissante » , si profondément humaine et  attachante.

 « Il y a plus de chemins et d’horizons dans le tremblement et la fragilité que dans la toute-force… Puissance est Relation. C‘est dire que toute-puissance se trouve du côté de la vie, des plénitudes de la beauté» (Edouard Glissant).
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Mémoire collective et interrelation

Publié le par MiJak



Deux extraits trouvés ce matin sur un blog :


"Que nous en ayons conscience ou pas, chacun de nous est endetté pour l’éternité. Nous sommes les débiteurs d’hommes et de femmes connus et inconnus. Nous ne pouvons finir de déjeuner sans nous être rendus dépendants de plus de la moitié du monde. En nous levant, le matin, nous allons à la salle de bains où nous prenons une éponge que nous a procurré un indigène du Pacifique. Nous nous servons d’un savon créé par un Français. La serviette nous vient d’un Turc. A table, nous buvons du café que nous a fourni un Sudaméricain, du thé d’un Chinois et du cacao d’un Africain. Avant même d’être partis travailler, nous sommes obligés envers plus de la moitié du monde. Dans un sens très réel, chaque vie est en interrelation avec les autres, tous les humains sont pris dans un réseau inévitable de réciprocité, entraînés dans un destin commun. Tout ce qui touche l’un, touche tous les autres, indirectement."

 MARTIN LUTHER KING, Jr

 



Et celui-ci, extrait du discours sur la négritude , Aimé CESAIRE :

 "…Je crois à la valeur de tout ce qui est enfoui dans la mémoire collective de nos peuples et même dans l’inconscient collectif de nos peuples et même dans l’insconscient collectif. Je ne crois pas que l’on arrive au monde le cerveau vide comme on y arrive les mains vides. Je crois à la vertu plasmatrice des expériences séculaires accumulées et du vécu véhiculé par les cultures… "

 

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"si ce que tu as à dire n'est pas plus beau que le silence, tais toi. " (proverbe chinois)

Publié le par MiJak

... Voilà plus de deux mois: j'ai gardé le silence !
Tandis que le monde allait son train, les pages de mon journal de voyage sont restées vierges... Et pourtant, au fil des jours, que de choses vues et entendues, que d'évènements imprévus et de rencontres partagées, que de souvenirs engrangés, de paroles échangées, de pages lues et même dévorées !
Il y a des moments où la vie s'accélère, on est alors embarqués comme dans un rêve. Plus le temps de penser et donc d'écrire. Comme le dit Jean-Baptiste Pontalis "Tout est question de vitesse", car "le rêve pense mais il pense à toute vitesse, il va trop vite au regard de ce qu'exige la pensée vigile." Or "l'exercice de la pensée vigile est lent; il faut du temps à la pensée pour avancer, pour se développer, pour atteindre ce qu'elle vise. La pensée du rêve fait fi du temps." (En marge des jours, Gallimard, p. 85).
La poésie ne serait-elle pas "une pensée rêvante" ?

 Me revient ce fabuleux inventaire tenté par Saint-John Perse, dans Anabase, ce poème dont Patrick Chamoiseau, dans "Méditation à St John Perse" disait qu'il est "un voyage vers le divers du monde" :

Extraits :

"Fais choix d'un grand chapeau dont on séduit le bord. L'oeil recule d'un siècle aux provinces de l'âme. Par la porte de craie vive, on voit les choses de la plaine : choses vivantes, ô choses
          excellentes !


           des sacrifices de poulains sur les tombes d'enfants, des purifications de veuves dans les roses et des rassemblements d'oiseaux verts dans les cours en l'honneur des vieillards;

           beaucoup de choses sur la terre à entendre et à voir, choses vivantes parmi nous !

           des célébrations de fêtes en plein air pour les anniversaires des grands arbres et des cérémonies publiques en l'honneur d'une mare; des dédicaces de pierres noires parfaitement rondes, des inventions de sources en lieux morts...

.../...


            bien d'autres choses encore à hauteur de nos tempes : les pansements de bêtes aux faubourgs, les mouvements de foule au-devant des tondeurs, des puisatiers et des hongreurs; les spéculations au souffle des moissons et la ventilation d'herbages, à bout de fourches sur les toits; les construction d'enceintes de terre cuite  et de rose, de sécheries de viandes en terrasses, de galeries pour les prêtres, de capitaineries; les cours immenses du vétérinaire;.../... et la fumée des hommes en tous lieux...

            ha ! toutes sortes d'hommes dans leurs voies et façons : mangeurs d'insectes, de fruits d'eau; porteurs d'emplâtres, de richesses ! l'agriculteur et l'adalingue, l'acuponcteur et le saunier ; le péager, le forgeron; marchands de sucre, de cannelle, de coupes à boire en métal blanc et de lampes de cornes....

.../...

             Ô généalogiste sur la place ! combien d'histoires de familles et de filiations ? - et que le mort saisisse le vif, comme il est dit aux tables du légiste,si je n'ai vu toute chose dans son ombre et le mérite de son âge : les entrepôts de livres et d'annales, les magasins de l'astronome et la beauté d'un lieu de sépultures, de trés vieux temples sous les palmes, habités d'une mule et de trois poules blanches - et par-delà le cirque de mon oeil, beaucoup d'actions secrètes en chemin : les campements levés sur des nouvelles qui m'échappent, les effronteries de peuples aux collines et les passages de rivières sur des outres; les cavaliers porteurs de lettres d'alliance, l'embuscade dans les vignes;...

.../...

              mais par-dessus les actions des hommes sur la terre, beaucoup de signes en voyage, beaucoup de graines en voyage, et sous l'azyme du beau temps, dans un grand souffle de la terre, toute la plume des moissons !...
              jusqu'à l'heure du soir où l'étoile femelle, chose pure et gagée dans les hauteurs du ciel...

              Terre arable du songe ! Qui parle de bâtir ?  - J'ai vu la terre distribuée en de vastes espaces et ma pensée n'est point distraite du navigateur." 

(dans :Eloges suivi de La gloire des Rois, Anabase, Exil, Gallimard/Poésie, pp.132-136)




"Vents", un autre poème de Saint-John Perse

 

 
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Michael Jackson : l'homme qui marchait sur la lune

Publié le par MiJak



L'évènement du jour me pousse à rompre un trop long silence sur ce blog... Difficile en effet  de ne pas partager l'émotion éprouvée en suivant la cérémonie d'hommage à Michael Jackson, ce jour au Stapples de Los Angeles...
De Maria Carey à Stevie Wonder, en passant par Lionel Ritchie, mais aussi Jesse Jackson, la fille de Martin Luther King, sans oublier Magic Johnson, etc...  témoignages,  hommages musicaux, anecdotes, prières... se sont succédés devant le cercueil de l'artiste , recouvert de fleurs rouges. Ces témoignages faisaient ressortir les diverses facettes de la personnalité complexe de Mickael. Mais tous se rejoignaient sur un point : il fut un génie de la musique, peut-être le plus grand artiste de tous les temps. Ce qui est sûr, c'est que derrière le génie, se cachait un homme prondément amoureux de l'humanité, et vivant avec ses contradictions et ses blessures intérieures. C'est ce qui le rendait aussi attachant. Ce qui explique aussi peut-être son succès par delà les frontières de race, de sexe, de couleur ou de langue... Ces derniers jours, de nombreuses personnes ont affirmé avoir soigné leur blessures ou retrouvé la force de vivre grâce à sa musique. Et on sentait que ce n'était pas du pipeau ! Chapeau, Michael !... Ta musique participe à la beauté du monde et nous aide à croire qu'un jour plus radieux peut venir ! Alors un seul mot : MERCI !

We are the world


"We're The World (USA For Africa)"
There comes a time
when we hear a certain call
When the world must come together as one
There are people dying
and its time to lend a hand to life
Oh, the greatest gift of all

We cant go on pretending day by day
That someone, somewhere will soon make a change
We are all a part of Gods great big family
And the truth, you know,
Love is all we need

[Chorus:]
We are the world, we are the children
We are the ones who make a brighter day
So lets start giving
Theres a choice we're making
We're saving our own lives
its true we'll make a better day
Just you and me

Send them your heart so they'll know that someone cares
And their lives will be stronger and free
As God has shown us by turning stones to bread
So we all must lend a helping hand

[Chorus:]
We are the world, we are the children
We are the ones who make a brighter day
So lets start giving
Theres a choice we're making
We're saving our own lives
its true we'll make a better day
Just you and me

When you're down and out, there seems no hope at all


But if you just believe theres no way we can fall
Let's realize that a change can only come
When we stand together as one
ye ye ye ye!

[Chorus:]
We are the world, we are the children
We are the ones who make a brighter day
So lets start giving
Theres a choice we're making
We're saving our own lives
its true we'll make a better day
Just you and me.

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Cheng (et Segalen) : la dégustation de la beauté

Publié le par MiJak

En relisant le précédent article consacré au livre de François Cheng "L'un vers l'autre", je m'aperçois que j'ai malencontreusement déformé l'orthographe de son nom en ajoutant systématiquement un "T" en initiale. Si par aventure il découvrait ces lignes, j'espère qu'il ne m'en voudra pas; et je lui prie d'accepter mes plus humbles excuses.

Cette erreur de ma part (felix culpa !) me donne l'occasion d'ajouter quelques lignes à propos d'un autre ouvrage de ce chantre de la beauté qu'est François Cheng. Tout à la fois poète, traducteur, romancier, calligraphe, François Cheng s'est beaucoup intéressé à la poésie et à l'art en Chine, spécialement la peinture; on lui doit des ouvrages illustrés considérés désormais comme des classiques. J'ai particulièrement aimé celui-ci :

 
D'où jaillit le chant : la voie des oiseaux et des fleurs dans la tradition des Song, éd. Phébus, 2000

Dans la Chine ancienne, dès l'époque des Tang (618-907), à côté de la peinture de paysage (dite aussi de Montagne-et-Eau) s'est développé une peinture de Fleurs-et-Oiseaux. La première cherche à atteindre l'unité première "là où les forces contraires qui partagent la Terre semblent se fondre dans une indistinction dynamique- la brume et l'horizon vide figurant ce lieu central de transformation et de réconciliation où le regard est convié en quelque sorte à s'évader hors de la prison des apparences". La seconde cherche à atteindre le même but "par un processus inverse : par la concentration du regard sur le coeur vivant des choses. Si évasion il y a, c'est cette fois vers le dedans". Cette tradition picturale connut son âge d'or à l'époque des Song (960-1279) et son plus grand défenseur en la personne d'un empereur peintre et poète, Hui-zong, qui régna au début du XIIe siècle.

"La peinture est ici envisagée comme un acte de retrouvailles. Re-trouvailles avec ce que nous avons toujours, depuis la plus lointaine enfance, connu et pressenti. Avec tout  ce qui se cache derrière l'écran des saisons et des feuillages : parfums, saveurs, murmures. Car la vérité du monde visible, présente toute entière dans chaque être, en chaque objet, est à la fois lumière et musique -rythme tendu vers la primordiale Harmonie. Dès lors, l'univers vivant, losque nous prenons conscience de cela à l'heure de contempler ses plus fragiles manifestations sous la caresse d'un pinceau sensible, se révèle à nous comme un infini chant jailli de l'âme." (p. 6)

Après un aperçu historique, François Cheng commente une centaine des plus belles peintures réalisées depuis le Xe siècle. Outre le commentaire, chaque peinture est accompagnée d'un bref poème d'un poète de la Chine ancienne ou de François Cheng lui-même. Et c'est un bonheur de se laisser guider par son regard pénétrant et ses mots qui ouvrent un espace de pure contemplation. 

  Hui-Zong Faisan doré parmi les fleurs d'automne

Le texte calligrafié en marge du tableau "souligne les Cinq Vertus cultivées par l'oiseau coiffé d'or : Bienveillance, Rectitude, Mesure, Intelligence, Sincérité. Rêve d'un monde dont chaque élément serait un concentré de la Beauté -une beauté qui aurait la sagesse de ne pas s'arrêter à l'apparence."


Un tableau intitulé "Litchis bientôt mûrs", donne l'occasion à François Cheng de croiser à nouveau le regard de Segalen :
Sur une même branche : fruits encore verts, fruits bientôt venus à maturité.... et déjà un fruit mur à point, qui révèle au regard son intimité - pulpe et noyau, l'autre côté du visible. On sent tout le plaisir qu'il [l'artiste] a pris à faire cohabiter sur une même surface l'avers et le revers des feuilles, ces deux moitiés du monde...
Besoin de donner à voir ce qui est autre, ce qui est l'Autre, histoire de nous soustraire, le temps d'une brève vision, à la dictature fallacieuse de l'identité.
Segalen observe qu'en Chine, à l'école des vieux maîtres, on se met naturellement  "à la recherche de quelque chose qui n'est pas soi-même" : comme si l'on avait le soupçon que l'individualité qui nous désigne n'était qu'une des faces - la plus facilement perceptible - de ce qui est. D'où son besoin d'explorer, par-delà l'écran des formes trop évidentes, des formes "lourdes", toute la "puissance du divers" : seule façon peut-être d'extraire la totale saveur des choses. Et l'accès, bientôt, à ce qu'il appelle une vision "ivre" de l'univers. " D'une part la pénétration à travers les choses lourdes et la faculté d'en voir à la fois l'avers et le revers; d'autre part la dégustation ineffable de la beauté dans les apparences fuyantes." (p.64)

Vers la fin de l'ouvrage, à côté d'un tableau de Ren Xiong (1820-1857) : De l'autre côté du rideau, François Cheng nous livre un de ses poèmes : 

Soleil hors du rideau ?
Averse hors du rideau ?

Qu'importe le temps qu'il fait
Si vain est le réveil.

Après longues nuits d'attente,
Surprise d'être encore là

A supporter beauté,
A supporter désir,

Laissant hors du rideau
La pie ou le corbeau

Percer l'humain secret.

Et le poète conclut son commentaire par ces mots :

Seuls ceux qui auront su rêver le monde seront autorisés à l'étreindre.
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Victor et François : l'un vers l'autre

Publié le par MiJak

             


J'ai lu avec beaucoup de bonheur ce petit livre qui rassemble trois articles de François Tcheng sur Victor Segalen, suivis d'un poème inédit sur la mort mystérieuse du poète breton. Bonheur de lire ou plutôt d'entendre, puisque le texte des articles a conservé le caractère oral originel.

Le titre de l'ouvrage nous prépare à assister à une double trajectoire : la trajectoire croisée - mais non symétrique- de deux "exotes" reliés par une intense proximité poétique et spirituelle.
L'UN, François Tcheng, l'exilé chinois devenu écrivain et citoyen français, et qui a découvert grâce à l'oeuvre de l'AUTRE,  Victor Segalen, lui aussi poète et écrivain, ce pays qu'il avait dû quitter tout jeune : la CHINE.
’Un vers l’autre est d’abord un voyage en Chine. Ce pays, en effet, les deux hommes l’ont en commun. François Cheng en est originaire : il y a vécu jusqu’à l’âge de partir faire ses études en France, et chassé par les événements politiques, n’a jamais pu y retourner par la suite. Victor Segalen quant à lui l’a visité à trois reprises, pour son agrément personnel ou en mission officielle, mais toujours « avec une détermination peu commune » - et avec les moyens de l’époque, que ce soit « à pied, à cheval ou en barque »…
Car la Chine est au coeur de la trajectoire de Segalen. " ... cette contrée, touchant au pôle par sa tête, suçant par ses racines les fruits doux et ambrés des tropiques, s'étendra d'un grand océan à un grand plateau montagneux. Le pays établi sous le ciel, et qui satisfasse à la fois ces propositions paradoxales, balancées, harmonieuses dans leurs extrêmes, est indiscutablement : la Chine." (Equipée, p.15-16 ). Toutefois ce qui a intéressé le poéte n'était pas la Chine "en tant que destin ou devenir". Segalen, comme le montre F. Tcheng, est d'ailleurs passé à côté d'évènements majeurs qui ont marqué l'histoire du pays dans ces années où lui-même l'a parcouru en long et en large ! Ce qui l'intéressait "c'était la Chine de la haute époque, une Chine préservée, une terre où certaines visions de la vie étaient cristallisées en des formes à la fois aimables et hautaines. Au travers de ces visions, il a sondé des mystères dont les échos ont éveillé ceux de son être propre".

Espace réel et espace mythique

De cette Chine, Segalen en a étreint le "Réel". Il en a parcouru l'espace, sur d'immenses distances, affrontant toutes les difficultés et les dangers, parfois au péril de sa vie. Comme cette descente en sampan, bateau fragile,  dans les gorges du Yang-Tse dont les remous sont mortels . Mais il a vécu "de l'intérieur" et intensément les paysages qu'il traversait. Cette acuité du regard lui a permis de déceler la part de "l'Imaginaire" investi depuis des millénaires dans le Réel; il a pu ainsi transformer en lui le Réel en Imaginaire.
C'est qu'en Chine, espace réel et espace mythique sont indissolublement liés. La terre et le ciel, les montagnes, les plaines et les fleuves sont habités par des souffles vitaux dont les énergies contribuent à l'unité dynamique du vivant, par un jeu de mutations internes et grâce à l'harmonie des contraires...  Segalen a habité très vite cette sorte de "mythologie géographique", il s'y est senti "chez lui" et l'a fait entrer dans sa propre vision. "Et c'est ainsi qu'il a trouvé sa propre antiquité, son propre ailleurs, ses propres mythes grâce auxquels il s'est ardemment accompli". Pas étonnant alors que ce voyage lui ait procuré de tels moments d'exaltation: "Aprés avoir affronté tous les périls et pénétré les mystères que recélaient les grandes entités dont la nature était composée, il connut une véritable plénitude d'être. Il a chanté la "splendeur céréale" qu'offraient les champs en terrasses épousant le rythme tellurique, les montagnes en leur élan originel et leur jeu de métamorphoses, le Fleuve au courant irrésistible comme incarnant une Cause et un Désir. Au paroxysme de ses luttes avec les rapides, éprouvés jusqu'au tréfonds, son être, tendu au plus grand écart de son arc, s'est littéralement éclaté. Il a vu se révéler à cet instant sa double nature Yin et Yang." (p. 65)

J'ai trouvé particulièrement pertinente la démarche de François Tcheng consistant à confronter les oeuvres où Segalen a reconstitué ultérieurement ses voyages (comme Imaginaires ou Equipée) et les document écrits à chaud (et regroupés dans Lettres de Chine et Briques et Tuiles). Ce qui donne encore plus de force à sa volonté de tordre le cou à la thèse affirmant que Segalen aurait inventé une Chine mythique. Car Segalen s'est toujours démarqué des écrivains "exotiques". Il se revendique comme un véritable "exote". Il est allé voir ailleurs pour mieux voir au-dedans. L'exote ne voyage pas pour se fuir, mais pour se chercher. "A n'en pas douter, écrit F. Tcheng, le charme étrange qui émane du style segalenien vient de là, de cet espacement de soi au travers de l'autre."(p.61). Reconnaître l'autre en se reconnaissant; se reconnaître en se reconnaissant autre.

Approcher le mystère du monde

"La sensation du Mystère n'est donnée qu'au moment où le Réel va toucher l'Inconnu. Et elle est d'autant plus forte que le point de départ du Réel est plus complet, plus solide" (Lettres de Chine, p. 191). Cette approche du mystère du monde par la confrontation du Réel et de l'Imaginaire traverse toute l'oeuvre de Segalen. Elle ne s'est pas opérée seulement à partir d'une observation de la nature (terre, montagnes, fleuves), mais aussi de la culture. L'architecture chinoise (monuments), la sculpture (figures et statues) ont fasciné Segalen. Et que dire de la peinture ? - peinture sur rouleau- cet art "totalisant" où le temps vécu se transforme en espace vivant. Il fallait que le poète l'ait pénétré de l'intérieur pour produire, non avec un pinceau, mais avec les mots une oeuvre aussi originale que "Peintures".
François Tcheng souligne également la place que tient chez Segalen le Mythe de l'Empereur. Il n'a pas hésité à s'identifier au Fils du Ciel, tant cette figure lui semblait symboliser au mieux la place du poète au sein de l'univers, assurant l'accord entre terre et ciel, assumant à la fois grandeur et solitude.

Enfin, si Segalen avait appris le chinois, il ne s'est pourtant pas servi de l'écriture idéographique pour son oeuvre. Son outil d'expression est la langue française. Toutefois, la conception spécifique du "signe" sous-jacente aux idéogrammes (une écriture qui valorise l'espace par rapport au temps) imprègne fortement l'écriture de Segalen. Ce que s'attache à montrer François Tcheng en analysant quelques-uns des procédés lexicaux et syntaxiques qui caractérisent le style de Segalen. Un style dont la maîtrise culmine dans "Stèles", le Livre-Signe par excellence, dont l'édition originale avait été conçue à la chinoise (un rouleau de papier plié en accordéon) et où les idéogrammes chinois  dessinent un espace structuré et organisé dans lequel prend place le texte.


L'ouvrage de François Tcheng est le fruit d'une lente maturation de l'oeuvre de Segalen. Et il nous invite à en faire une lecture en profondeur. Je le recommande à tous ceux qui veulent découvrir (ou re-découvrir) la poésie sensitive et charnelle de ce poète, voyageur et  visionnaire, chantre du divers. On peut même le considérer comme une excellente introduction, dans la mesure où il est émaillé de larges citations et même à la fin d'extraits choisis de "Stèles".

Citons en terminant un passage du très beau poème "Ultime voyage", que F. Tcheng, inspiré par la mort étrange du poète breton, lui a dédié  et qui clôt l'ouvrage :

"La faim avivant la faim, la soif
Attisant la soif, toute une vie
A arpenter la singulière planète du Divers.
Nul doute qu'à la fin tout voyageur se rendra
A l'évidence : le Divers ne divertit point,
Il déroute : fouilles des licornes enfouies,
Forage du for intérieur. Dans les rets
Du mandat du Ciel, toute une vie
A l'épreuve de l'amour ! Toute une vie
    A l'épreuve de la mort !"

Pour faire connaissance avec Victor Segalen, je recommande particulièrement le site de :
l'Association Victor Segalen

Sur l'ouvrage de François Tcheng, "L'un vers l'autre" voir le commentaire livré sur son blog par Florent, un internaute amoureux de la Chine.

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De retour de Kreyol Factory

Publié le par MiJak

Au soir de ce dimanche 10 mai 2009, nous rentrons chez nous, de retour d'un week-end passé à Paris. Week-end au cours duquel nous avons eu l'immense plaisir de visiter l'exposition "KREYOL FACTORY" à la Grande Halle de La Villette.


Notre tête est pleine des découvertes effectuées au fil de ce parcours dans l'histoire et les imaginaires des mondes créoles;  surtout en nous se bousculent les images des oeuvres présentées par une soixantaine d'artistes. Oeuvres fortes, rageuses, colorées, bouillonnantes comme des torrents de lave... Quel contraste avec le musée du Quai Branly visité le matin précédent ! Là-bas, les collections sont certes riches, mais figés dans un passé colonial, momifiées, vitrifiées... Ici, au contraire, la vie jaillit, les cris de révolte dominent les sanglots de la souffrance, la résistance s'impose face à la résignation; elle s'expose, tantôt rugueuse, tantôt subtile, sous toutes ses formes : organisation familiale, rêves d'Afrique, croyances et pratiques culturelles, musique, danse, langues, littérature, poésie, métissage et mélanges, etc...



Des "traversées" d'hier (celles des esclaves arrachés à l'Afrique et celles des engagés après les abolitions) aux "traversées" d'aujourd'hui (celles des individus et des communautés caribéennes venues établir leur nouveau "chez soi" dans les grandes métropoles : Paris, Londres, New-York, Miami)... notre esprit continue à déambuler au milieu de ces immenses vagues de carton où surgissent ici et là des cubes de tôle ondulée qui ne sont pas sans rappeler le matériau de base de la case créole.
Difficile de retraduire les émotions éprouvées devant certaines oeuvres : les centaines de tongues ramassées sur la plage et serties de fil de fer barbelé de Tony Capellan, la Venus Hottentot de Lyle Ashton Harris, les cinq carrosses pour l'histoire de Marcos Lora Read, le Baron Samedi de Patrick Vilaire, etc...
        

Et si c'est la pensée de Start Hall, sociologue d'origine Jamaïcaine, qui a servi à structurer la démarche de Kreyol Factory, ce n'est pas sans émotion que j'ai retrouvé de façon répétée tout au long du parcours de larges citations de l'ouvrage de Patrick Chamoiseau "Ecrire en pays dominé". Un livre que tout voyageur en partance pour les Antilles devrait lire au préalable... sauf s'il a la chance de pour voir visiter " Kreyol Factory" (il faut se dépêcher, car c'est jusqu'au 4 juillet !). Histoire de comprendre en quoi les mondes créoles ont des "condensés de mondialisation", des laboratoires pour notre Vieux Monde qui n'a pas encore tout à fait appris à être multiple.

                













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Anthony Joseph : dans la jungle luxuriante d'une musique colorée

Publié le par MiJak

Figure de la littérature noire anglaise, originaire de Trinidad, Anthony Joseph est un poète musicien méconnu en France. Depuis le début de l'année 2009,  il effectue pourtant une tournée dans notre pays en compagnie de son groupe le "Spasm Band".

Mêlant différentes influences, Anthony Joseph and the Spasm Band donnent à entendre une oeuvre composite, tout en harmonie. C'est un jubilatoire melting-pot de balck-music, mêlant funk, rock, afrobeat, et free -jazz  pour offrir une musique colorée et positive, un véritable cocktail musical survitaminé. Plus qu'une réelle jubilation pour les oreilles, 'Bird Head Son', par son rythme envoûtant, invite à la danse, voire à la transe. Entre lentes introductions et accélérations progressives, Anthony Joseph jongle avec le tempo pour créer une alternance et une tension positives.
 "Jungle", titre phare de l'album, s'étire sur douze minutes, lentement, puissamment. Dans une symphonie afrojazz délirante, l'eau, le vent, les animaux font écho aux guitares et aux saxophones, comme une géniale osmose du bruit et du son. Une atmosphère de jungle sauvage soulignée par un schéma musical répétitif qui, à ce titre, n'est pas sans rappeler les airs de Fela Kuti, avec des accents de James Brown... Au travers de cette partition hétéroclite, la voix du leader évoque les griots, conteurs ensorcelants de la vieille tradition africaine. Entre chant et slam, elle suit la cadence endiablée pour se fondre parfaitement dans la mélodie de ce décor coloré.
 Anthony Joseph est un poète reconnu en Angleterre, suivant les traces de Linton Kwezi Johnson ou Gil Scot Heron, avec comme
thème de prédilection la diaspora africaine. Il cite Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor comme influences majeures en tant que pionniers de la conscience noire, ainsi que les poètes beatniks Allen Ginsberg et
William Burroughs.

A découvrir !

 
Cliquer sur l'image pour voir un extrait de "Jungle" en live

  
 

Cliquer ci-dessus pour découvrir un interwiew exclusif de ce black à part !

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Manthia Diawara, l'esprit libre

Publié le par MiJak

Une émission passionnante de la B.World Connection pour découvrir un exceptionnel témoin de la beauté du divers...



Né au Mali, Manthia Diawara a passé sa jeunesse en Guinée, a étudié en France, enseigne et vit aux États-Unis et a voyagé dans toute l’Afrique. Il est polyglotte et parle le sarakolé, le malinké, le bambara, le français et l’anglais. Il s’intéresse à toutes les littératures, en langues française et anglaise ainsi qu’africaine, antillaise, ou afro-américaine.
A l'université de New-York, il a créé le Département des Etudes africaines qu'il dirigea pendant 10 ans et où il enseigne toujours.Directeur du département de littérature comparée et de cinéma , Manthia Diawara est réalisateur de plusieurs films et auteurs de nombreuses publications, livres et articles.

Ecrivain aux multiples identités, Manthia Diawara se considère comme un citoyen du monde qui refuse les identités figées. «Je suis à la fois de Bamako, de Paris et de New York. Une triple appartenance à l’intérieur de laquelle j’aime circuler. Chaque fois que je suis dans une de ces villes, je ressens le besoin de la quitter pour une autre». Parfaitement intégré aux Etats-Unis, il voyage régulièrement en France. Chacun de ses passages dans notre pays est malheureusement une occasion de revivre au quotidien, dans le taxi, à l’aéroport, à la préfecture, les désagréments qui lui rappellent constamment qu’il est noir, qu’il est un immigré malien. Ce qui le conduit à dire que quelque part "la France a trahi le rêve de ses ancêtres". Son dernier livre, «Bamako Paris New York», est un récit autobiographique à travers lequel, il compare les systèmes interraciaux aux Etats-Unis et en France, deux modèles distincts, deux rapports à l’immigration et aux origines de l’étranger.

                             


L'émission

En compagnie du guadeloupéen Brother Jimmy de la B-World Connection, Manthia Diawara nous fait découvrir les coins de New-York qu'il affectionne, nous présente quelques-uns de ses amis, et nous fait visiter des lieux où il travaille, comme par exemple la fameuse Bibliothèque Schomberg de Harlem...
Et on ne se lasse pas de l'entendre nous parler avec beaucoup de simplicité et de gentillesse de tous les sujets qui lui tiennent à coeur. Il évoque ses travaux sur la place du noir dans le cinéma hollywoodien. On apprend aussi tout ce que la "négritude" doit à la Harlem Renaissance, le rôle incontournable du masque (africain) et de la trompette (de jazz), etc... Mais cet esprit libre dont l'érudition est impressionante laisse volontiers la parole à ses amis , qu'il s'agisse de commenter l'ascension et la victoire d'Obama ou de parler de l'évolution prévisible des îles de la Caraïbe...
Bien sûr, on y croise nombre de figures telles que celles Césaire, Senghor, mais aussi Spike Lee, Harry Belafonte, Dany Glover, Maryse Condé, Toni Morrison... Sans oublier Salif Keita, le chanteur malien dont la chanson "Pas bouger" s'est transformée en hymne national de tous les immigrés, qu'ils soient africains, turcs, arabes ou roumains !



Pour voir l'émission sur le site de B;World Connection, cliquer sur l'image.

Cette émission est un petit bijou, à voir absolument !

 "Pour faire de l'esthétique noire, vous avez besoin de la négritude" dit le professeur Diawara dans un cours à ses étudiants...

Pour goûter et sentir la beauté du divers, nous avons besoin d'hommes comme toi, Manthia ! Merci !


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