Au coeur du monde avec Andrée Chedid
Comme un zeste de fraîcheur dans la tiédeur de cette soirée d'été... deux poèmes d'Andrée Chedid accompagnés de quelques photos de voyage en Equateur (octobre 2010)...
Désert ou cités
Je ne sais quelle géométrie
Du vide
Quelle géologie
De l’austère
Quelle soif de silences
Nous conduisent
Périodiquement
Vers ce lieu dépouillé
Et sans grades
Où l’âme
Se faisant face
Loin des simulations
Loin du rang et des feintes
Se nomme sans détours
Je ne sais quel rejet
Des apparences
Quel refus
Des masques
Quel chant primordial
Nous relient
Fugitivement
À ces plaines d’équilibre
À ce désert sans parures
À ces dunes d’harmonie
À ces sables accordés
Où l’âme
Mise à nu
S’éprend de tout l’espace
Je ne sais quel désir
Quelle passion ou quelle soif
Nous ramènent au monde
Au peuplement des cités
Au fleuve à l’arbre aux hommes
À l’énigme qui nous féconde
À l’angoisse qui nous taraude
À l’écueil qui nous grandit.
Le coeur navigant
Loin des cultes
qui nous réduisent en cendres,
Des temples
où le ciel se force en vain une entrée,
Loin des puissances d’airain que d’autres
puissances culbutent
Élisons encore la vie
Au sommet du jour blessé.
Plutôt le fruit hasardeux
Que la lettre de marbre,
Plutôt toujours chercher
Et ne jamais savoir :
Arc à travers buissons,
Aile à travers pièges,
Que la sinistre fresque
d’une vérité bouclée.
Le temps fond comme cire,
Et les verrous ne cèdent qu’au coeur navigant.