"C’est la grâce des poètes que de ne pas mourir"
Hier, 9 février, se sont déroulées les funérailles d’Edouard Glissant, dans la commune du Diamant, en Martinique, dans une ambiance tissée d'émotion.
La veille, lors de la veillée culturelle qui se tenait à l’Anse Cafard, Patrick CHAMOISEAU avait prononcé un vibrant Hommage en forme de récitation poétique adressée au "Maître" dont le départ nous donne le sentiment qu'un "acoma de cent mille ans s'est effondré".
Mais, face à l'héritage immense que nous lègue le poète, de la grande peine qui nous étreint, "nous n'avons que la ressource d'en faire une beauté".
Car... "c’est la grâce des poètes que de ne pas mourir. Leur poésie fascine tous les espaces et conditionne le temps, elle leur offre le lit de ces feuilles qui guérissent dont ils ont su le rêve, et ces petits hôtels où l’amour se retire, et ces villes invisibles où l’errance fait soleil, et tout un monde tissé comme une région nouvelle, une région de jeunesse, à même l’inextricable du monde."
On peut lire le texte complet de cet hommage en cliquant ici.
Deux jours plus tôt, le 7 février, une veillée d'hommage avait lieu à la Maison d’Amérique latine à Paris. Au cours de cette veillée, Elias SANBAR, historien, essayiste et poète palestinien a tenu à rendre hommage à Edouard Glissant en ces termes :
"Je suis ici pour exprimer la fraternité et l’affection du peuple de Palestine. Le poème que j’ai choisi de lire est un inédit de Mahmoud Darwich : une élégie dans laquelle Mahmoud fait son propre portrait de poète, intitulé Tu portes le fardeau du papillon. Je voudrais dire, aussi, ma gratitude pour l’œuvre sublime – je pèse mes mots – d’Edouard Glissant, qui nous a tant donné et qui continuera à beaucoup nous donner."
Comment alors ne pas penser à ce très beau texte qui clôt "Philosophie de la Relation" et dans lequel Edouard Glissant exprimait sa révérence au grand poète Palestinien :
Récitation pour Mahmoud Darwich
Le poète gravit en cet écart veiné de roches
Sous une ravine courue d'argiles immortelles
Il sonne le Nom avec précision, brève loi, et toute la
largeur de la lune
Il épelle la fleur du Nom grandie au feu des crimes
(crimes morts), il dérive
Ses pieds dessinent sous la terre, ses yeux dansent au
loin des sables, sa mains frappe au vrai lieu des nuages
Près des vieux lacs qui tremblent il halète
Il plonge à l'astre où s'ennoblit le Nom
Il l'y maintient innommé obscur
A jamais d'un granite puissant.
Edouard GLISSANT, Philosophie de la Relation : poésie en étendue, Gallimard 2009, p. 153