Harlem, peuple sans peau

Publié le par MiJak


DUKE ! Au secours !
Les guitares de Harlem
Hérissent mon corps de lourds soubresauts
Les ghettos de Harlem
Emplissent mon cœur d’une sourde rancœur
La misère de Harlem
Déchire mon âme en fibres expiatoires
Les femmes de Harlem
Peuplent mes nuits de rêves licencieux
La foi de Harlem
La nuit tout entière me tient éveillé
Foisonnement de guitares athées
Salves des batteries en fusion
Râles des saxophones en délire
Exubérance atavique des spirituals


ARMSTRONG
Crève donc depuis la tombe
Des bulles stériles qui encensent ma solitude
S’il est à jamais écrit dans le livre des destinées
Qu’on chante à Harlem
Qu’on danse à Harlem
Qu’on rit à Harlem
Qu’on pleure à Harlem
Qu’on chante à Harlem
Qu’on souffre
Et qu’on meurt
A Harlem

 


Ibrahima SALL

extrait de "La génération spontanée", N.E.A., 1975, paru dans l'anthologie "Poètes d'Afrique et des Antilles" / Hamidou Dia, La Table Ronde, 2002, pp. 495-496

 

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Ibrahima SALL est né le 18 février 1949 à Louga au Sénégal. Nouvelliste, romancier, dramaturge, Ibrahima SALL est aussi un poète. Sa poésie est aussi militante que celle de son aîné David Diop pour qui il a une grande admiration. L’énergie musclée des vers, la musicalité rythmique de la phrase, rappellent en effet David Diop dont Ibrahima Sall est l’héritier incandescent et original, car l’héritier est aussi un inventeur.

 


Il y a quelques semaines, j'ai lu ce poème dans le cadre du festival  « Ecriture hors les murs » dédié à l’écriture dans la ville de Vaulx-en-Velin. Je m’étais inscrit pour participer à la « bande des mots », sorte de brigade poétique qui a déambulait en plusieurs lieux publics pour faire entendre la poésie dans la rue. Le vendredi 20 mai, sur le marché bio qui se tient au centre ville, avec Frédéric et Jean-Jacques, nous étions en compagnie de Bob Bovano, un artiste pluridisciplinaire haïtien, représentant de la musique Racine. Parmi les poèmes que j’avais choisi de lire ce jour-là, il y avait celui-ci : « Harlem, peuple sans peau » du poète sénégalais Ibrahima Sall.

 

Harlem-New-York-Graffiti-420x0.jpgPour moi, ce poème résonnait étrangement avec l’actualité du moment. Sur un blog d'information, je venais en effet de lire les lignes suivantes autour de l'affaire DSK :
« Nafissatou Diallo, 32 ans, vit depuis treize ans aux États-Unis, où elle menait jusqu’à ce samedi 14 mai 2011 une vie sans histoire. Originaire de Guinée, elle a suivi son mari, aux États-Unis en 1998. Elle a ensuite divorcé et élève seule sa fille de 15 ans dans le Bronx. Elle a par ailleurs de la famille à Harlem, notamment sa sœur. Détentrice d’une carte verte, elle est depuis trois ans employée comme femme de chambre par la chaîne hôtelière Sofitel. »

 

 Harlem connait, parait-il, un phénomène de renaissance, voire même de gentryfication depuis le milieu des années 90. On dit que le quartier se colore en noir et blanc. Il n'en reste pas moins vrai que lorsqu'on est un immigré d'Afrique de l'Ouest à New-York aujourd'hui, le choix des quartiers où habiter reste limité : c'est Harlem ou le Bronx ! Bien loin en tout cas des appartements huppés de Broadway ou de Tribeca !

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