Quand la musique descend des mornes : du bèlè à Eugène Mona

Publié le par MiJak

Superbe voyage aux racines de la musique et de la culture martiniquaise, grâce à deux émissions proposées mardi dernier 2 août par France Ô.


Danse_Bele.jpgLa première Bèlè, tambour vivant nous plongeait au coeur de la Martinique, dans la région nord atlantique, berceau du bèlè, à la fois musique et danse jouée au son du tambour bèlè et du chant. Ses racines remonte au temps de l’esclavage. Il est basé sur un double dialogue : celui du chanteur et des « répondeurs » et dialogue entre les danseurs et le tanbouyé (joueur de tambour). La danse bèlè est souvent liée au latja et au danmyé, formes de combat, autrefois réel et aujourd’hui simulé. On pense à son cousin brésilien, la capoeira. Descendu des montagnes et aujourd’hui répandu dans toute la société, le bèlè – musique et danse – incarne une culture vivace qui se transmet en se renouvelant, alliant tradition et modernité. L’émission permettait de voir et d’entendre quelques-uns des  « maîtres » du bèlè, entre autres Paul  Rastocle, qui a joué pendant douze ans  avec Eugène Mona.

Pour en savoir plus voir le site de la maison du Bèlè à Sainte-Marie.

 

Ci-dessous un extrait d'un spectacle donné par le trio lyonnais VAITY, un trio féminin qui joue et fait vivre avec émotion la tradition du bélé :

 

 

 

 


La seconde émission s’intéressait justement à la trajectoire de celui qui fut surnommé le Bob Marley de la Martinique, Eugène Mona.
mona0001.jpgNé Georges Nilécam,  disparu brutalement le 21 septembre 1991, à l'âge de 48 ans, « le chanteur aux pieds nus », «l'homme à la flûte de bambou », est sans doute, l'artiste qui, en cette fin de siècle a le plus imprégné le peuple martiniquais.
Les observateurs de la musique caribéenne affirment souvent que « la Jamaïque a eu Bob Marley, la Martinique Eugène Mona ». Il faut dire que ces deux musiciens engagés se sont révélés à la même période, au milieu des années 1970. L’un a connu un destin international, l’autre est devenu une référence pour les Antilles françaises. En Martinique comme en Guadeloupe, les années 1970 sont celles de la contestation d’un système politique en panne : la départementalisation. Le désarroi de la jeunesse reflète bien la crise politique, économique et sociale du moment. Et c’est dans ce chaos identitaire que Mona devient un repère, incarnant, avec son attitude de « marron », sa flûte et ses textes engagés, le visage d’un nouveau rebelle. Et si aujourd’hui Mona, chanteur disparu depuis près de vingt ans, est devenu une icône et connaît un regain d’intérêt aux Antilles, notamment auprès des jeunes générations, ce n’est pas un hasard. Les valeurs humanistes, pacifistes, écologiques, contestatrices de Mona, avec son message sur la créolité et l’autonomie, trouvent un écho certain dans la société martiniquaise contemporaine en pleine crise sociale et identitaire.


 

 

 

 

 

"Je me situe comme un homme à la recherche de lui-même, comme un homme qui doit gravir la montagne qu'il est lui même, qui doit aller beaucoup plus loin que le sommet. Toutes les embûches que je peux rencontrer fortifient mon âme, mon corps." (Eugène MONA)


Un magnifique lui fut rendu en langue créole par le « diseur » martiniquais Joby Bernabé que nous avions eu le plaisir de rencontrer à Lyon le 10 mai dernier. Voir ci-dessous :

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article