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Yves Bonnefoy : une quête de la présence

Publié le par MiJak

 

Yves-bonnefoy.jpgJe voudrais réunir, je voudrais identifier presque, la poésie et l'espoir, car écrire de la poésie, c'est  rendre le monde au visage de sa présence...

 

Au soir de ce jour, en redonnant un nouveau look à ce blog, je recueille quelques-unes des notes griffonnées en mars dernier à la fête du livre de Bron lors de l'entretien au cours duquel Jean-Pierre Siméon dialoguait avec ce monument de la poésie française qu'est Yves BONNEFOY

 

"La poésie est faite pour la rencontre et non pas d'abord pour le déchiffrement"

 

"L'objet de la poésie c'est de rendre à la chose sa propre présence."

 

"La poésie laboure la conscience de soi"

 

"Dans son fondement, la poésie est une expérience de la Parole, portée par sa propre voix."

 

 

Et ce poème, tiré du recueil "La pluie d'été" :

 

Que ce monde demeure,
Que les mots ne soient pas
Un jour ces ossements
Gris, qu'auront becquetés,

 

Criant, se disputant,
Se dispersant,
Les oiseaux, notre nuit
Dans la lumière.

 

Que ce monde demeure
Comme cesse le temps
Quand on lave la plaie
De l'enfant qui pleure.

 

Et lorsque l'on revient
Dans la chambre sombre
On voit qu'il dort en paix,
Nuit, mais lumière.

 

Yves Bonnefoy
Les planches courbes. 2001. Gallimard

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Festival de l'imaginaire : un face-à-face avec le Divers

Publié le par MiJak

« Ne nous flattons pas d’assimiler les moeurs, les races, les nations, les autres ; mais au contraire réjouissons-nous de ne le pouvoir jamais ; nous réservant ainsi la perdurabilité du plaisir de sentir le Divers » (Victor Segalen)

 

Vendredi et samedi dernier, les deux soirées passées à l'Amphi de l'Opéra de Lyon nous ont permis de découvrir deux groupes d'artistes programmés dans le cadre du "Festival de l'Imaginaire" 2011 et nous ont donné ainsi l'occasion de communier à ce grand moment d'exploration du Divers qu'est cet évènement organisé par la Maison des Cultures du monde.

Communier est le mot qui s'impose dans la mesure où les artistes en question offraient chacun à leur façon une véritable célébration de l'Amour.

 

Vendredi, c'était une invitation au voyage dans la péninsule arabique, au Yémen, avec les chants soufis de la Confrérie d'Ibn 'Alwana. Cette troupe de chantres de Taez, dirigée par ‘Arif al-Adîmi, est l'héritière d'une longue tradition soufie qui remonte au poète et mystique Ahmed Ibn 'Alwan (disparu autour de 1260). Ce grand spirituel fut un contemporain et un disciple d’Ibn Arabi (m. en 1240) celui qui fut surnommé le "Cheikh el Akbar", le "plus grand Maitre" de l'islam ésotérique.

 

 

 

Précisément, à l'issue du concert, nous avons pu avoir un bref échange avec les membres du groupe, par le truchement de Mme Arwad Esber, directrice de la MCM. Echange au cours duquel 'Arif al-Adimi expliquait qu'à la source de l'ensemble des différentes traditions spirituelles du monde (théistes ou non) il y a cette religion première, fondamentale, qui irrigue toutes les autres et qu'Ibn'Arabi nommait la "religion de l'Amour". Pour les mystiques yéménites, le soufisme est une aspiration à « s’élever au delà des limites de la matière ». Aussi le chant est-il pour eux « le guide des âmes vers la posture de bienfaisance » (ilâ maqâm al-‘ihsân), dans une optique d’éveil intérieur, où chacun est responsable de ses actes dans cette vie ici-bas. Certains poèmes se situent aux frontières du sacré et du profane, le discours de l’amour fou peut être interprété aussi bien d’une manière terrestre que d’une manière mystique, où se donne à entendre le chant du désir de l'amant séduit par la beauté de l'être aimé :

 

Je n’ai d’yeux que pour Votre beauté,
Personne d’autre que Vous ne me vient à l’esprit
J’ai fait patienter mon coeur, qui Vous réclamait, il m’a répondu
Je n’ai plus de patience, je n’y tiens plus.

 

Samedi soir, nous partions pour la Mauritanie en compagnie de Coumbane mint Ely Warakane, griotte – et diva – mauritanienne. Un concert où l'artiste, avec ses musiciens et ses choristes-danseuses, célébrait l’amour avec un déploiement de grâce et de séduction.

 

 

Coumbane appartient à une famille de griots de la région du Trarza. Toute jeune, elle est initiée au chant et à l’ardin (harpe maure des griottes) par Wana mint Boubane; puis Saymali ould Hamoud Fall l’initiera au style raffiné du Tagant. Après une première prestation au Festival d’Agadir en 1986 aux côtés de Dimi mint Abba, elle va se produire régulièrement avec Wana mint Boubane et Mahjouba mint El Meidah ainsi que dans le groupe de Saymali.

À la fin des années 1990 Coumbane forme son propre groupe avec le tidiniste (joueur de tidinit, luth soudanais) Cheikh ould Abba. Depuis, elle enchaîne les mariages et les concerts privés ou publics, en Mauritanie mais aussi au Maroc où vit une importante communauté maure. Le chant de Coumbane allie avec aisance la puissance de la voix du Trarza, sa région d’origine, à la finesse et au délié du Tagant et ses vocalises sont proprement saisissantes. Ajoutons à cela une rare maîtrise du jeu de harpe, une grande complicité instrumentale avec Cheikh ould Abba, son tidiniste , et une présence scénique envoûtante.

Le concert est structuré pour passer en revue les cinq modes musicaux de la musique des griots, avec à chaque fois des sous-modes. Ce qui donne un parcours sonore subtilement coloré et étonnamment divers, où se succèdent morceaux instrumentaux, chants rythmés, danses; sans oublier une palette de formes et de genres, allant du panégyrique à la joute poétique, en passant par le chant d'amour,et d'autres chants dont l'humour n'est pas absent, bien au contraire :

 

" A Quinz, il y a un campement. Je m'y rends chaque nuit. Il y a là une jeune fille qui va me faire mourir d'amour. Elle est insolente. Elle me dit : "Eh le vieux ! Cherche-toi désormais une vieille pour la nuit. Tu ne cesses de me poursuivre. Pourtant, tu sais bien que tu ne redeviendras jamais jeune !"

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Aimé Césaire ou l'insurrection poétique

Publié le par MiJak

 Cesaire.jpgAimé Césaire a désormais son nom au Panthéon de la nation. Hommage solennel lui a été rendu aujourd'hui....Inutile de rajouter des mots aux paroles -nombreuses- entendues ce jour et plus particulièrement au cours de la soirée que lui a consacré France Ô....

 

Avant de dormir je relis ce poème qui clôt le recueil qu'Aimé Césaire avait écrit en hommage à son ami le peintre Wifredo Lam.  Les premiers mots de ce poème intitulé "nouvelle bonté" ont été cités par Daniel Maximin tout à l'heure dans le cadre de l'émission à laquelle participaient Stéphane Hessel, Christiane Taubira et Marek Halter.

 

" il n’est pas question de livrer le monde aux assassins
d’aube
         la vie-mort
         la mort-vie
les souffleteurs de crépuscule
les routes pendent à leur cou d’écorcheurs
comme des chaussures trop neuves
il ne peut s’agir de déroute
seuls les panneaux ont été de nuit escamotés
pour le reste
des chevaux qui n’ont laissé sur le sol
que leurs empreintes furieuses
des mufles braqués de sang lapé
le dégainement des couteaux de justice
et des cornes inspirées
des oiseaux vampires tout bec allumé
se jouant des apparences
mais aussi des seins qui allaitent des rivières
et les calebasses douces au creux des mains d’offrande


une nouvelle bonté ne cesse de croître à l’horizon "

 

wilfredolamthejungle.jpg

Wifredo Lam, La jungle

 

 

En gommant quelques-unes des aspérités de l'oeuvre et du message de Césaire, l'atmosphère quelque peu consensuelle de cette journée pourrait nous faire oublier un point essentiel : à savoir que le poète fut un homme de combat. Il a mené ces combats avec les "armes miraculeuses" de la poésie; et, comme le rappelait Christiane Taubira,  il en a payé lourdement le prix...  A ce propos, je propose de relire un texte écrit en 1944, lors d'un séjour en Haïti et qui résonne comme un "appel fondateur proclamant quel nouveau monde devrait surgir sur les décombres de l'ancien, de l'insurrection générale contre le nazisme, les fascismes, et les colonialismes" (D. Maximin).

 

Ce texte intitulé "Appel au magicien" est en quelque sorte programmatique de ce que sera l'oeuvre de ce grand acteur de la décolonisation des peuples et des esprits que fut Aimé Césaire :

 

 

"De toutes nos machines réunies, de toutes nos routes kilométrées, de tous nos tonnages accumulés, de tous nos avions juxtaposés, de nos règlements, de nos conditionnements, on ne saurait réussir le moindre sentiment. Cela est d'un autre ordre, et réel, et infiniment plus élevé.

De toutes vos pensées fabriquées, de tous vos concepts triés, de toutes vos démarches concertées, ne saurait résulter le moindre frisson de civilisation vraie. Cela est d'un autre ordre, infiniment plus élevé et sur-rationnel.

Je n'ai pas fini d'admirer le grand silence antillais, notre insolente richesse, notre pauvreté cynique.

Vous avez encerclé le globe. Il vous reste à l'embrasser. Chaudement.

Les vraies civilisations sont des saisissements poétiques : saisissement des étoiles, du soleil, de la plante, de l'animal, saisissement du globe rond, de la pluie, de la lumière, des nombres, saisissement de la vie, saisissement de la mort.

Depuis le temple du soleil, depuis le masque, depuis l'Indien, depuis l'homme d'Afrique trop de distance a été calculée ici, consentie ici, entre les choses et nous.

La vraie manifestation de la civilisation est le mythe.

L'organisation sociale, la religion, les compagnies, les philosophes, les mœurs, l'architecture, la sculpture sont figuration et expression de mythe.

La civilisation meurt dans le monde entier, parce que les mythes sont ou morts ou moribonds ou naissants.

Il faut attendre qu'éclate le gel poussiéreux des mythes périmés ou émaciés. Nous attendons la débâcle.

…Et nous nous accomplirons.

Dans l'état actuel des choses, le seul refuge avoué de l'esprit mythique est la poésie.

Et la poésie est insurrection contre la société parce que dévotion au mythe déserté ou éloigné ou oblitéré.

On ne bâtit pas une civilisation à coups d'écoles, à coups de cliniques, à coups de statistiques.

 

Seul l'esprit poétique corrode et bâtit, retranche et vivifie."

 

 

 

arton2314-5be99Une exposition : Aimé Césaire, Lam, Picasso « Nous nous sommes trouvés est présentée au Grand Palais dans le cadre de 2011 Année des Outre-mer.
Voir le site de l'expo en cliquant sur l'image ci-contre.

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