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Pâques : le printemps des "chasseurs pacifistes"

Publié le par MiJak

sissokoSegal01.jpgEn cette nuit de Pâques, nous avons choisi de célébrer la vie qui renait en nous laissant bercer par les sons purs et lumineux de la musique de Ballaké Sissoko et Vincent Segal. Les deux compères, l'un à la Kora, l'autre au violoncelle, dessinent une musique qui redonne "le goût de l'écoute à nos oreilles meurtries par la cacophonie ambiante" (propos de Francis Dordor, Les inrocks). Une musique "pour prendre la clé des champs, mettre en déroute les petites misères qui font obstacle à l'harmonie"(Patrick Labesse, Le Monde).


Selon Vincent Segal, les instruments à cordes ont leur origine dans l'arc des chasseurs. Un jour, l'un d'eux, fatigué peut-être de courir après le gibier, s'assit et s'aperçut qu'il pouvait tirer des sons en pinçant la corde tendue de son arme. Le son de l'instrument s'améliora le jour où on eut l'idée d'y ajouter une calebasse pour faire une caisse de résonance; plus tard, un autre s'aperçut qu'en frottant la corde d'un arc plus petit sur la corde du premier, on obtenait une vibration continue; l'archet (petit "arc") était né. Mais du coup, tuer ne leur disait plus rien; ils préféraient s'adonner à leur nouvelle passion. Les chasseurs, devenus "pacifistes" venaient d'inventer le premier orchestre à cordes. Une belle histoire, non ?

Alors quand un joueur de Kora malien et un violoncelliste français se retrouvent, ils entament, par instruments interposés,  un dialogue qui devient vite harmonieux; c'est que ces deux-là parlent la même langue : celle des chasseurs pacifistes... Un dialogue qui évidemment n'a rien à voir avec les conversations des chasseurs vantant leurs exploits au bistrot du coin !...

Ici, c'est un art de la conversation, basé sur l'écoute et l'attention à l'autre, et qui atteint un trés haut degré de raffinement et de justesse dans cet album "Chamber music" (enregistré chez Salif Keita au Mali).

 

Bien sûr, il est difficile de ne pas penser à deux autres "chasseurs pacifistes", encore deux monstres sacrés de la musique malienne :  Ali Farka Touré (guitare) et Toumani Diabaté  (Kora). Après leur fabuleux voyage "au coeur de la lune" (In the Heart of the Moon), et alors qu'Ali était touché par la maladie qui devait l'emporter en mars 2006, ils ont décidé de graver pour la postérité des morceaux songhaï, peuls et mandingues, qui scellaient l'amitié entre les familles Touré et Diabaté. Le morceau "Sabu Yerkoy", chanté en songhaï est peut-être le plus emblématique de ce dialogue.


"Ali et Toumani dépassent ici toute notion de lieu, de temps, de virtuosité. Ils sont juste eux-mêmes. A travers la magie des notes... ils échangent ce qu'ils ont de plus précieux et de plus intime. Une dernière conversation essentielle."
En un mot, un hymne à la vie, plein de confiance et de joie pure...
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