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Manthia Diawara, l'esprit libre

Publié le par MiJak

Une émission passionnante de la B.World Connection pour découvrir un exceptionnel témoin de la beauté du divers...



Né au Mali, Manthia Diawara a passé sa jeunesse en Guinée, a étudié en France, enseigne et vit aux États-Unis et a voyagé dans toute l’Afrique. Il est polyglotte et parle le sarakolé, le malinké, le bambara, le français et l’anglais. Il s’intéresse à toutes les littératures, en langues française et anglaise ainsi qu’africaine, antillaise, ou afro-américaine.
A l'université de New-York, il a créé le Département des Etudes africaines qu'il dirigea pendant 10 ans et où il enseigne toujours.Directeur du département de littérature comparée et de cinéma , Manthia Diawara est réalisateur de plusieurs films et auteurs de nombreuses publications, livres et articles.

Ecrivain aux multiples identités, Manthia Diawara se considère comme un citoyen du monde qui refuse les identités figées. «Je suis à la fois de Bamako, de Paris et de New York. Une triple appartenance à l’intérieur de laquelle j’aime circuler. Chaque fois que je suis dans une de ces villes, je ressens le besoin de la quitter pour une autre». Parfaitement intégré aux Etats-Unis, il voyage régulièrement en France. Chacun de ses passages dans notre pays est malheureusement une occasion de revivre au quotidien, dans le taxi, à l’aéroport, à la préfecture, les désagréments qui lui rappellent constamment qu’il est noir, qu’il est un immigré malien. Ce qui le conduit à dire que quelque part "la France a trahi le rêve de ses ancêtres". Son dernier livre, «Bamako Paris New York», est un récit autobiographique à travers lequel, il compare les systèmes interraciaux aux Etats-Unis et en France, deux modèles distincts, deux rapports à l’immigration et aux origines de l’étranger.

                             


L'émission

En compagnie du guadeloupéen Brother Jimmy de la B-World Connection, Manthia Diawara nous fait découvrir les coins de New-York qu'il affectionne, nous présente quelques-uns de ses amis, et nous fait visiter des lieux où il travaille, comme par exemple la fameuse Bibliothèque Schomberg de Harlem...
Et on ne se lasse pas de l'entendre nous parler avec beaucoup de simplicité et de gentillesse de tous les sujets qui lui tiennent à coeur. Il évoque ses travaux sur la place du noir dans le cinéma hollywoodien. On apprend aussi tout ce que la "négritude" doit à la Harlem Renaissance, le rôle incontournable du masque (africain) et de la trompette (de jazz), etc... Mais cet esprit libre dont l'érudition est impressionante laisse volontiers la parole à ses amis , qu'il s'agisse de commenter l'ascension et la victoire d'Obama ou de parler de l'évolution prévisible des îles de la Caraïbe...
Bien sûr, on y croise nombre de figures telles que celles Césaire, Senghor, mais aussi Spike Lee, Harry Belafonte, Dany Glover, Maryse Condé, Toni Morrison... Sans oublier Salif Keita, le chanteur malien dont la chanson "Pas bouger" s'est transformée en hymne national de tous les immigrés, qu'ils soient africains, turcs, arabes ou roumains !



Pour voir l'émission sur le site de B;World Connection, cliquer sur l'image.

Cette émission est un petit bijou, à voir absolument !

 "Pour faire de l'esthétique noire, vous avez besoin de la négritude" dit le professeur Diawara dans un cours à ses étudiants...

Pour goûter et sentir la beauté du divers, nous avons besoin d'hommes comme toi, Manthia ! Merci !


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Le nègre n'est pas. Pas plus que le Blanc (F. Fanon)

Publié le par MiJak





La conférence de l'ONU contre le racisme qui s'est tenue à Genève s'est vécu dans un climat quelque peu délétère. Au final, une déclaration a été adoptée qui a fini par faire oublier les tensions et le brouhaha médiatique provoqué par le discours incendiaire du président iranien...
Ce texte comporte des lacunes et laisse de nombreuses frustrations. Ce n'est pas un grand texte. Malgrè cela, certains le jugent comme un document solide du point de vue de la lutte antiraciste et pour l'élimination de la discrimination raciale...
Chacun pourra en juger par lui-même !
L'humanité, dit-on, avance à petits pas...

Puisqu'il est question du racisme, cela nous fait mesurer combien il reste de chemin à parcourir pour que prennent corps les perspectives ouvertes il y a 57 ans par Frantz Fanon dans "Peau noire, masques blancs".
Ce texte là était et demeure un texte fort ! Un texte fondamental pour comprendre comment le racisme enferme l'individu dans une identité qu'il n'a pas choisie.

"Je me découvre un jour dans le monde et je me reconnais un seul droit : celui d’exiger de l’autre un comportement humain. Un seul devoir. Celui de ne pas renier ma liberté au travers de mes choix.

Je ne veux pas être la victime de la Ruse d’un monde noir. Ma vie ne doit pas être consacrée à faire le bilan des valeurs nègres. Il n’y a pas de monde blanc, il n’y a pas d’éthique blanche, pas davantage d’intelligence blanche. Il y a de part et d’autre du monde des hommes qui cherchent.

Je ne suis pas prisonnier de l’Histoire. Je ne dois pas y chercher le sens de ma destinée.

Je dois me rappeler à tout instant que le véritable saut consiste à introduire l’invention dans l’existence.

Dans le monde où je m’achemine, je me crée interminablement. […]

Je ne suis pas esclave de l’Esclavage qui déshumanisa mes pères. […]

Le nègre n’est pas. Pas plus que le Blanc.

Tous deux ont à s’écarter des voies inhumaines qui furent celles de leurs ancêtres respectifs afin que naisse une authentique communication. Avant de s'engager dans la voix positive, il y a pour la liberté un effort de désaliénation. Un homme, au début de son existence est toujours congestionné, est noyé dans la contingence. Le malheur de l'homme est d'avoir été enfant.

C'est par un effort de reprise sur soi et de dépouillement, c'est par une tension permanente de leur liberté que les hommes peuvent créer les conditions d'existence idéales d'un monde humain.

Supériorité ? Infériorité ?

Pourquoi tout simplement ne pas essayer de toucher l'autre, de sentir l'autre, de me révéler l'autre ?

Ma liberté ne m'est-elle pas donnée pour édifier le monde du Toi ?

[...] Mon ultime prière :

O mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge !»


(Peau noire, masques blancs, Seuil, 1952, p. 186-188)


Corps aliéné par l'esclavage, corps libéré par la danse, la musique, la poésie... En écho à la parole de Fanon, voir ci-dessous une vidéo du spectacle  "Apporter sa part de soleil".
Il s'agit d'une création danse-vidéo de Claude Aymon (chorégraphe marseillais), pour le centenaire de la naissance de Léopold Sedar SENGHOR et de Joséphine BAKER.
On y découvre entre autre une nouvelle étymologie  du mot "pique-nique"  en lien avec le ta bleau de Manet "Le déjeuner sur l'herbe" !

Apporter sa part de Soleil - Aperçu du spectacle complet - Ma-Tvideo France2
Apporter sa part de Soleil
Une création danse-vidéo de Claude Aymon

Chorégraphe marseillais, Claude Aymon a créé « apporter sa part de soleil » pour commémorer à sa façon, le centenaire de la naissance de Léopold Sedar SENGHOR et de Joséphine BAKER.

La chorégraphie s’articule autour des mots de SENGHOR mais aussi d’autres écrivains caribéens de la négritude comme Aimé CESAIRE ou Guy TIROLIEN.

« Apporter sa part de soleil » se questionne sur la place d'un artiste noir dans la civilisation blanche contemporaine, son rapport avec des ancêtres directs ou plus lointains et les clichés qu'il peut véhiculer au-delà de son identité réelle.

APERCU : Tour d'horizon du spectacle complet en 15 mn

Réalisation : Sylvain Roume


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De Tavernier à Obama : sortir des brumes de la mémoire

Publié le par MiJak



Le dernier film de Tavernier, tourné en Louisiane, commence par un long travelling sur les bayous couverts de brume, au son de la voix off de l'enquêteur : "Dans les temps anciens, les gens mettaient des pierres sur la tête des mourants..."
Il met en scène un flic ancien alcoolique à l'âme couverte de bleus, Dave Robicheaux, magnifiquement interprété par Tommy Lee Jones. Tandis qu'il essaie d'élucider de sordides meurtres de prostituées, il va voir resurgir des fantômes de son propre passé, mêlé au passé esclavagiste de la Louisiane et au souvenir de la guerre de Sécession.
J'ai beaucoup aimé ce film dont l'intrigue progresse avec lenteur dans une atmosphère crépusculaire...J'ai surtout aimé la façon dont il articule passé et présent, autour de la question de la mémoire. Dans une Louisiane présentement dévastée par l'ouragan Katrina, les souvenirs sordides et douloureux de l'esclavage imprègne toujours le présent, même si "l'inavouable" a de la peine à sortir des brumes...

Ayant lu quelques jours plus tôt le texte du discours d'Obama à Philadelphie en 2008 : "De la race en Amérique", le film de Tavernier m'a incité à le relire et à souligner quelques passages :
"Pour comprendre cette réalité, il est nécessaire de se rappeler commment nous en sommes arrivés là. Comme l'a écrit William Faulkner :" Le passé n'est pas mort et enterré. En fait, il n'est même pas passé." Nous n'avons nul besoin de raconter l'histoire de l'injustice raciale dans ce pays. Nous devons simplement nous rappeler que si tant de disparités existent dans la communauté afro-américaine d'aujourd'hui, c'est qu'elles proviennent en droite ligne d'inégalités transmises par une génération antérieure, qui a elle-même souffert de l'esclavage brutal et de Jim Crow.../... tout cela a contribué à créer un cycle de violence, un gâchis et des négligences qui continuent à nous hanter."  ("De la race en Amérique", Grasset, 2008, p. 39-41)

[Jim Crow : personnage de Guignol noir interprété dès les années 1820 par des acteurs de théatre de rue qui se noircissaient le visage pour se moquer des "nègres ignorants et superstitieux mais doués pour le chant". Jim Crow est devenu le nom générique de toutes les lois ségrégationnistes adoptées jusque dans les années 50.]

Et plus loin :
"Mais j'ai affirmé ma conviction profonde - une conviction ancrée dans ma foi en Dieu et dans le peuple américain : en travaillant ensemble, nous arriverons à panser quelques-unes de nos vieilles blessures raciales, car en réalité nous n'avons pas d'autre choix si nous voulons avancer en direction d'une Union plus parfaite..."  (p.46-47)
Et après avoir décrit ce que cela exige tant de la communauté afro-américaine que de la communauté blanche, il poursuit : "Les Américains doivent comprendre que les rêves de l'un ne doivent pas se réaliser au détriment des rêves de l'autre, qu'investir dans la santé, les programmes sociaux et l'éducation des enfants noirs, métis et blancs contribuera à la prospérité de l'Amérique tout entière." (p.49)

A propos, est-ce parce que ce rapport à la mémoire et au passé fait toujours problème qu'aux Etats-Unis on a imposé à Tavernier une autre version de son film ? Voir à ce sujet  le dossier dans le Monde du 11 avril.

Chez nous ici en France, comme le montre les débats sur la mémoire  de l'esclavage et du colonialisme, ou les évènements récents aux Antilles, les blessures du passé ne sont pas encore totalement refermées, Mais le seront-elles un jour ? Mais si les fantômes du passé continuent à nous hanter, cela ne signifie pas que l'on ne puisse ensemble arriver à apaiser nos mémoires. "Yes, we can" dirait Obama...

Il y a des années, Karim Kacel chantait :
"Et laissez jouer les guitares, essayons d'apaiser nos mémoires.
 Et nous sortirons du brouillard, car il n'est jamais, jamais trop tard !"

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Une parole belle comme l'oxygène naissant

Publié le par MiJak

Il y a un an, jour pour jour s'éteignait le  feu du volcan, Aimé CESAIRE, le chantre de la négritude, lui dont la poésie incandescente a réveillé la dignité du peuple noir et continue de réchauffer le coeur de tant d'hommes et femmes de par le monde...

En avril 1941,  André Breton, entré par hasard dans une mercerie de Fort-de-France trouve un numéro de la revue "Tropiques". En l'ouvrant il découvre des textes de Césaire. Ce fut comme un éblouissement.

Quelques années plus tard, préfaçant une nouvelle édition du "Cahier d'un retour au pays natal", il avoue "Pour moi, son apparition... prend la valeur d'un signe des temps"...

Le poète est parti pour l'autre rive du Grand Fleuve, mais  Aimé Césaire, le nègre fondamental, prototype de la dignité de l'homme universel vit toujours, et sa parole demeure "belle comme l'oxygène naissant".

 

 

" Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture
on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot

mais est-ce qu'on tue le Remords, beau comme la
face de stupeur d'une dame anglaise qui trouverait
dans sa soupière un crâne de Hottentot?


Je retrouverais le secret des grandes communications et des grandes combustions. Je dirais orage. Je
dirais fleuve. Je dirais tornade. Je dirais feuille. Je dirais arbre. Je serais mouillé de toutes les pluies,
humecté de toutes les rosées. Je roulerais comme du sang frénétique sur le courant lent de l'oeil des mots
en chevaux fous en enfants frais en caillots en couvre-feu en vestiges de temple en pierres précieuses assez loin pour décourager les mineurs. Qui ne me comprendrait pas ne comprendrait pas davantage le rugissement du tigre.

.../...

Partir. Mon coeur bruissait de générosités emphatiques. Partir... j'arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : « J'ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies ».

Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte... Et si je ne sais que parler, c'est pour vous que je parlerai».
Et je lui dirais encore :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. »

Et venant je me dirais à moi-même :
« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle,car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse... »

(Cahier d'un retour au pays natal, Présence Africaine, 1983, p. 20-22)


 

Chanson de l'hippocampe

petit cheval hors du temps enfui

bravant les lès du vent et la vague et le sable turbulent

petit cheval

          dos cambré que salpêtre le vent

tête basse vers le cri des juments

petit cheval sans nageoire

                      sans mémoire

débris de fin de course et sédition de continents

fier petit cheval têtu d'amours supputées

mal arraché au sifflement des mares

un jour rétif

             nous t'enfourcherons

et tu galoperas petit cheval

sans peur

vrai dans le vent le sel et le varech

("moi, laminaire..., Points Seuil, 2006, p.111)


 

(La Martinique, l'île du poète, comme un hippocampe...)



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Hommage à Mahmoud Darwich (suite)

Publié le par MiJak

Mieux qu'aucun autre, Mahamoud Darwich a chanté la terre, l'amour, la mort, l'exil... Sa poésie foisonnante, est chargée de métaphores, de symboles et de modes d'expression puisés à de nombreuses sources : poésie arabe, mythes grecs ou cananéens, Bible, évangile, etc... A ce titre il est un poète du "divers". Poète de l'altérité,surtout, en ce qu'il est hanté par la question du double, de "l'autre" qui l'habite :

Qui es-tu, mon moi ?
Nous sommes deux sur le chemin
Et un, dans la résurrection.
Emporte-moi vers la lumière de l'anéantisement,
Que je voie mon devenir dans mon autre image.
Qui serai-je après toi, mon moi ?
Mon corps est-il derrière moi ou devant toi ?
Qui suis-je, ô toi ?
Fais-moi comme je t'ai fait,
Enduis-moi de l'huile d'amande,
Ceins-moi de la couronne de cèdre
Et porte-moi de la vallée vers une éternité
Blanche.
Enseigne-moi la vie à ta manière.
Eprouve-moi, atome dans le monde céleste.
Aide-moi contre l'ennui de l'éternité et sois clément,
Lorsque me blessent et pointent de mes veines
Les roses...


"Murale", Actes Sud, 2003, p. 23

  Paysage de Cisjordanie

Pour voir et entendre Mahmoud Darwich lisant un extrait de "Murale" voir la vidéo ci-dessous



 
"Murale" un grand poème de Mahmoud Darwich écrit en 1998 alors que, sur un lit d’hôpital, il était entre la vie et la mort.
Traduction de l'extrait

Comme le Christ sur le lac...
J'ai marché dans ma vision.
Mais je suis descendu de la croix car je crains
l'altitude
Et n'annonce pas la résurection.
Je n'ai changé que ma cadence
Pour entendre, nette, la voix de mon coeur...
Aux épiques, les aigles et pour moi, Le Collier
du pigeon,
Une étoile abandonée sur les toits
Et une ruelle menant au port...
Cette mer m'apartient,
Cet air humide m'appartient,
Ce quai et ce qu'il porte
De mes pas et de mon sperme... m'appartiennent
Et le vieil arrêt du bus m'appartient et m'appartiennent
Mon fantôme et son maître, les ustensiles de
cuivre,
Le verset du Trône, la clé,
La porte et les gardes et les cloches.
Et le fer de la jument
Envolée des remparts m'appartient
Et m'appartient ce qui était mien,
La citation de l'Evangile
Et le sel laissé par les larmes
Sur le mur de la maison...
Et mon nom, quand bien même je prononcerais mal mon nom
Fait de cinq lettres horizontales, m'appartient :
     Le mîm du fou d'amour, de l'orphelin, de qui accomplit le passé,
     Le hâ' du jardin, de l'aimée, des deux perplexités et des deux peines,
     Le mîm de l'aventurier, du malade de désir, de l'exilé apprêté et préparé à sa mort annoncée,
     Le waw de l'adieu, de la rose médiane,
     de l'allégeance à la naissance où qu'elle advienne,
      de la promesse des père et mère,
     Le dâl du guide, du chemin, de la larme d'une demeure
     effondrée et d'un moineau qui me cajole et m'ensanglante.


Ce nom m'appartient...
Et il appartient à mes amis où qu'ils se trouvent.
Et mon corps passager, présent ou absent m'appartient...
Deux mètres de cette tourbe suffiront désormais...
Un mètre et soixante-quinze centimètres pour moi...
Et le reste pour des fleurs aux couleurs désordonnées
Qui me boiront lentement. Et m'appartenait
Ce qui m'appartenait, mon passé, et ce qui m'appartiendra,
Mon lendemain lointain et le retour de l'âme prodigue.
Comme si rien n'avait été.
Rien qu'une blessure légère au bras du présent absurde...
Et l'Histoire se rit de ses victimes
Et de ses héros...
Elle leur jette un regard et passe...
Cette mer m'appartient.
Cet air humide m'appartient.
Et mon nom,
Quand bien même je prononcerais mal mon nom
gravé sur le cercueil,
Mon nom m'appartient.
Mais moi, désormais plein
De toutes les raisons du départ, moi,
Je ne m'appartiens pas,
Je ne m'appartiens pas,
Je ne m'appartiens pas...

Murale, p. 50-52





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Hommage à Mahmoud Darwich

Publié le par MiJak

Le 3 avril dernier, à Vaulx-en-Velin,  joie de participer à une soirée en l'honneur de Mahmoud Darwich, le grand poète palestinien  disparu en août 2008. Textes lus en arabe par Mohammed El-Amraoui, en français par la comédienne Muriel Lougraida , avec l'accompagnement musical d'Adel Salameh (Oud).

C'est Anas Alaili, un jeune poète palestinien en résidence à Lyon qui a ouvert la soirée par un texte qu'il avait présenté lors d'un hommage à Darwich en novembre dernier à Lyon. La densité et l'émotion contenue dans son texte nous a remués, comme tous les participants de cette soirée.

Je le reproduis ci-dessous, comme une invitation à lire, à "mâcher" les poèmes de Darwich, à respirer le parfum de ses mots... 


Je te dis au revoir …  avec tes mots

Tes poèmes sont des distances…

Dans une manifestation, pleine de cri et de colère, ce sont tes mots qui viennent en premier à l’esprit. Tes mots sur " une patrie kidnappée par les mythes". Ils passent comme un chant d’écolier appris par cœur…tes mots passent avec la force de l’inconscient pour toucher un point profond dans l’âme:
" Sur cette terre il existe ce qui mérite la vie"
Et dans un moment d’isolement, quand je me retrouve seul, chez moi ou dans un café… attendant une femme qui ne vient pas… Et aussi, ce sont tes mots qui viennent en premier à l’esprit. Ils passent comme une condoléance personnelle, dans un état qui ne concerne que moi et dans un moment d’éclatement où le seul soutien c’est toi. Tu me chuchotes :
" Elle a peut-être croisé un ancien amour encore souffrant
et l’a accompagné  d'honneur ".

Et quand je veux être à une distance modérée du monde…une distance qui fait de moi un observateur contemplant la marche de la vie, les mouvements des gens et leurs destinées, les transitons de la nature et les bouleversements de l’histoire…tes mots me sauvent aussi :
" Comme un fenêtre je m’ouvre sur ce que je veux ".

O toi qui es plus qu’un poète… toi qui es plus qu’un seul poète.
Quand je sombre dans un état d’âme et qu’aucun de tes poèmes ne me vient en aide…quelque chose en moi se sent abandonné et te reproche de ne rien écrire sur cette personne fragile, vaincue par un simple repas, endolorie par un seul verre de vin. Une personne qu’étouffent les toits des maisons et que dérange même le désir  et l’emballement du cœur.
Et je m’aperçois que je te demande trop …je n’ai pas le droit, on n’a pas le droit, de demander à un seul poète de contenir tous nos états, toutes nos questions et nos divagations, de contenir toutes les formes de notre existence.
On ne devrait pas se satisfaire d’un seul poète.!

Monsieur,
Tout un peuple a respiré dans ta langue. Il a trouvé des contrées entre tes mots, et dans tes poèmes rencontré la douceur et la beauté que les conquérants lui ont arrachés pour les offrir  à leurs femmes.
Ta métaphore nous a soutenu dans les défaites.
Ton rythme nous a porté dans les cassures.
Ta rhétorique a rendu notre récit plus beau que ce que rumine l’histoire.
Ce qu’il y a  de pire dans notre amour pour toi c’est ce besoin insistant… nous ne sommes pas des amoureux libres. Notre amour pour toi n’est pas tout à fait volontaire…c’est un destin sentimental auquel on n’échappe pas.
Nous, génération des jeunes poètes, qui détestons et nous moquons des symboles…devant toi nous étions déstabilisés : par amour on s’est rapprochés de toi et par amour aussi on s’est éloignés de toi.
Ta présence parmi nous reste captivante, peut être parce que
La beauté n’est pas neutre. N’est pas démocratique.
La beauté, monsieur, est un bandit de grand chemin.
On t'a laissé dans ta solitude artistique, on s’est même enfuis et toi tu n’avais besoin de personne. On s’est réfugiés dans la prose, y cherchant notre part de poésie.

Quand on se réunissait au café Ziriab à Ramallah autour de tes derniers recueils et lorsqu’on lisait un poème qui nous ne plaisait pas, on était soulagés et on disait alors: " Vous voyez, notre poète a vieilli !". Comme si on cherchait une brêche à travers laquelle on pourra te dépasser, car devant un beau poème l’extase s’estompe rapidement mais l’incapacité dure longtemps.
Mais j’imagine la poésie arabe de cette dernière décennie sans toi et je ressens notre errance entre les domaines de la connaissance, de la politique et du savoir... Ta présence a sauvé le paysage  poétique du "despotisme de la ressemblance".
O toi qui est plus qu’un poète, toi qui est plus qu’un seul poète.
Dans la série de la mort ouverte…la mort quotidienne de tout un peuple depuis tout un siècle. Ta disparition est la fin d’une période dans l’histoire contemporaine de la Palestine…Une ère obscure naît de l’absence des symboles de l’ère précédente.
Nous réalisons l’étendue du vide que notre génération aura à surmonter… après toi.
Comme d’autres de ma génération j’ai grandi avec tes poèmes, parmi tes images poétiques et tes métaphores, j’ai flâné entre tes rythmes et ta rhétorique m’a accompagné dans l’affrontement et la célébration de la vie.
Souvent je rêve de toi, comme si nous étions liés par des souvenirs intimes, plus que les simples salutations d’une rencontre publique. La dernière fois J’ai rêvé  qu’après ta mort, tu recevais des gens avec qui tu discutais avec acharnement… Toi qui es plus qu’un  poète, toi qui est plus qu’un seul poète.

Désormais,
Nous ne demandons plus seulement une vie normale... Mais aussi une mort normale.
Nous demandons notre part de vieillesse.

Monsieur,
Je te dis au revoir avec tes mots :
" Des deux mains, j’attrape cet air
appétissant,
l’air de la Galilée
je le mâche ainsi que la chèvre de montagne
la tête des arbustes.
Je marche, je me présente à moi-même :
Tu es, toi, l’un des attributs du lieu ".

Anas Alaili
Lyon, le 26 octobre 2008.



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Kréyol Factory et le rapace sans nom

Publié le par Jak

Heureuses coïncidences...

Au moment où nous démarrons ce blog consacré à la beauté du divers, s'ouvre à Paris du 7 avril au 5 juillet, à la Villette, l'exposition  "Kréyol Factory" . Une expo dans laquelle des artistes de tout bord interrogent les identités créoles, multiples et plurielles, des Caraïbes à l'Océan Indien, de la Jamaïque à la Guyane, mais aussi de l'Europe à l'Amérique, au travers des communautés en diaspora...

 

Voir le site de Kréyol Factory

 

 

"Les artistes de Kréyol Factory sont tous des créateurs contemporains dont l’œuvre est directement liée à ces réflexions sur les identités multiples.

Regard inédit sur la richesse et la diversité de ces territoires, Kréyol Factory est une fabrique de sens, celui à donner au mot créole."

 

Dans le même temps, le "Monde des Livres" du 9/04/2009 présente le dernier ouvrage de Patrick Chamoiseau : "Les Neuf Consciences du malfini", publié chez Gallimard. Une fable onirique dans la tradition d'Aristophane (Les oiseaux) mettant en scène des volatiles aussi différents que le rapace sans nom (le "malfini") et le minuscule colibri. Un livre poétique où, une fois encore, l'auteur fait l'éloge du "Divers". Plus qu'à "l'universel", il en appelle en effet à l'exigence du"diversel", c'est-à-dire cette multiplicité riche de différences assumées, foisonnante de relations imprévisibles, et soucieuse de respect mutuel.

 

Voilà de quoi nourrir et renforcer nos convictions que la diversité est un des progrès majeurs de notre temps en ce qu'elle autorise et renforce la rencontre des différents... Voilà de quoi affûter nos armes pour faire face aux racismes et aux "monismes" de tous poils.

 

Beauté du monde, harmonie du divers...



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