« Lire, c'est voyager ; voyager, c'est lire » écrivait Victor Hugo…
C’est en compagnie d’un autre Victor, écrivain lui aussi et voyageur, que j’ai franchi le cap de la nouvelle année 2012… Segalen, pour ne pas le nommer, avec - en novembre - la lecture de son roman « René Leys ». François Mitterand s’était régalé à la lecture de l’ouvrage et l’avait salué comme un protype du roman moderne.
Conjointement, j’ai relu le recueil de « Stèles ». Quelques semaines plus tôt, j’avais pu - pour quelques euros- acquérir un exemplaire de ce petit trésor de poésie.
Et puis début
décembre, il y eu la rencontre lumineuse avec la conteuse Céline Ripoll, venue chez
nous présenter son spectacle « La légende du cocotier ». Le répertoire de cette conteuse atypique balaie les légendes du Pacifique, de la Nouvelle-Zélande à
l’ile de Pâques en passant par la Polynésie et les Marquises.
Son enthousiasme communicatif et son amour immodéré pour ces peuples et leurs cultures m’ont emporté une fois de plus sur les traces de l’auteur des « Immémoriaux ». J’ai lu avec avidité l’intégralité du volume intitulé « RENCONTRES EN POLYNESIE : Victor Segalen et l'exotisme », catalogue de l’exposition du même nom qui s’est tenue à l’été 2011 à l’abbaye de Daoulas, en terre bretonne. Occasion de replacer en perspective historique la démarche de Segalen découvrant la culture maori. Occasion de déconstruire certains clichés, par exemple sur le débat qui opposait Segalen à Pierre Loti à propos de l’exotisme.
Presque au même
moment, je débutais la lecture de la magistrale biographie écrite par Michael Taylor, intitulée : « Vent des Royaumes : les voyages de Victor
Segalen ».
Le lecteur est ici invité à mettre ses pas dans ceux de l’infatigable exote breton.
L’originalité de l’ouvrage est de souligner le rôle décisif que joua dans l’itinéraire de Segalen ce qu’il appelle « l’intermède bouddhiste ». A la charnière entre la période polynésienne et la période chinoise, lors du voyage de retour de Tahiti en France, Segalen fit escale en Indonésie d’abord, puis à Ceylan. C’est à Java qu’il commença à organiser sa réflexion sur le concept d’exotisme. C’est à Ceylan qu’il fit la rencontre du bouddhisme. Ce dernier le séduit en tant que philosophie, mais les tendances du bouddhisme asiatique à la religiosité suscite chez lui de l’agacement. Bien qu’il lui soit impossible d’acquiescer à la vision bouddhiste de l’existence humaine comme souffrance (car pour Segalen la vie est joie et la sensation bonne à sentir), il découvre dans le bouddhisme une étrange parenté avec son « exotisme ». En effet, l’un et l’autre sont en rapport avec les valeurs transcendantales..
Je trouve intéressante la perspective
suggérée par Michael Taylor. Au fond, on peut penser que pour Segalen cette rencontre avec le bouddhisme vint à point nommé. Il vient de quitter la Polynésie où il a fait la découverte d’un monde
maori en perdition, et il est en train de poser les bases de sa notion d’exotisme. La rencontre et l’étude du bouddhisme à Ceylan lui permettra d’en préciser les contours. Le bouddhisme sera
avant tout pour lui une « métaphore utile pour un exotisme en quête de transcendance ». Car pour Segalen, le but de l’exotisme est la connaissance de soi par la rencontre de l’Autre qui
se cache au fond de chacun de nous. Mais cet Autre n’est jamais un objet possédé ; il ne peut être saisi que comme une connaissance intuitive, une sorte d’illumination intérieure. Après
avoir assisté à une représentation théâtrale avec des artistes hindous à Colombo, Segalen écrira une pièce de théâtre sur la vie du Bouddha. Cette pièce, intitulée « Siddharta » est en
réalité une parabole ; le parcours de Bouddha Gautama vers l’éveil devient, sous la plume de Segalen, la métaphore du cheminement de l’exote s’efforçant de dissiper peu à peu les voiles de
l’illusion pour percevoir la réalité ultime : l’Autre en soi.
Après cette
prise de conscience décisive, il y aura bien sûr… la Chine ! La « véritable patrie spirituelle de Segalen » selon les mots du grand spécialiste que fut Henry
Bouillier. Les voyages de Segalen en Chine occupent toute la deuxième moitié de l’ouvrage de M. Taylor. Il nous entraîne à suivre pas à pas le périple de Segalen et de son ami Gilbert des Voisins
sur les routes et les fleuves de l’Empire du Milieu. L’auteur a abondamment puisé dans les « Feuilles de route » de Victor Segalen mais aussi dans les carnets
de voyage de son ami. Il n’hésite d’ailleurs pas à comparer leurs écrits respectifs à propos des mêmes lieux ou des mêmes portions d’itinéraire. Comparaison éloquente ! Elle met en lumière
combien pour Segalen le voyage en Chine était un voyage « intérieur », parsemé de « moments » d’intuition et d’illumination », jalons précieux sur le chemin de la
connaissance de soi…
Plus qu’une simple biographie, l’ouvrage de Taylor nous fait assister à la gestation de quelques-uns des écrits les plus importants de Victor Segalen. Les « Immémoriaux », bien sûr ; mais surtout les ouvrages enracinés dans l’expérience chinoise : de « Feuilles de route » à « Equipée », en passant par « Briques et tuiles » ; de « Stèles » et « Peintures » à la rédaction plus tardive de « Thibet » ; sans compter le roman « René Leys » ou l’étonnant ouvrage « Le Fils du Ciel : chronique des jours souverains » …
Il faut noter que d’autres textes moins
connus ont été inspirés par la Chine. Ainsi deux nouvelles (« La tête » et « Le siège de l’âme ») avaient été groupées par Segalen dans un dossier intitulé
« Imaginaires ». C’est sous ce titre que l’éditeur Rougerie les a publiées en 1981, en y adjoignant une troisième « Le Grand Fleuve »,
ainsi que des fragments inédits. Notre bibliothèque municipale ayant la chance de posséder cet ouvrage, j'ai pu le feuilleter et m'en imprégner. La préface de cet ouvrage a été écrité par Henri
Bouillier. Je lui emprunte les lignes suivantes, à propos de Segalen et de la Chine :
« Ce n’est pas la Chine, mais sa Chine qu’il évoque dans ses livres. Non pas une Chine arbitraire, c’est
un sinologue trop averti, mais une Chine imaginaire, celle d’un poète habitué à distinguer dans le décor des choses l’envers mystérieux des signes. …/… Chine mythique, comme l’Orient de Gérard de
Nerval, dont les coutumes, légendes, le tour de pensée et de dire lui proposent la clé de son monde intérieur et le chiffre de sa vie spirituelle. La Chine de Segalen, une sorte de palimpseste où
sous le texte apparent se lèveraient à l’appel de la poésie le grimoire des secrets de l’âme et l’ombre d’un éternel absent. »
(Imaginaires / Victor Segalen . - Rougerie, 1981, p. 22)
S’il faut laisser le dernier mot à ce cher Victor, cherchons-le dans son chef-d’œuvre : « Stèles ».
Plus précisément parmi les Stèles du Milieu, il y a celle-ci intitulée « Perdre le Midi quotidien ». Elle donne la clé de toute son œuvre. Et s’achève par ces mots :
Tout confondre, de l'orient d'amour à l'occident
héroïque, du midi face au Prince au nord trop
amical, -- pour atteindre l'autre, le cinquième,
centre et Milieu.
Qui est moi

" Parfois, je n'ai que des mots, ces maigres taches sur des feuillets qui jonchent la plupart de mes jours. C'est à peine si je puis les donner. Ils sont pauvres. Dérisoires... Des
mots. Des peurs. Ou bien le vent, la bruine. La montagne derrière notre maison, où l'aube s'immobilise. Les arbres. Les froids de l'hiver. Les interminables nuits bleues de la neige.
Parmi les moments marquants de ces
dernières semaines, la lecture du livre de Thomas Heams-Ogus , Cent seize chinois et quelques (Seuil). Grâce à une interwiew de l'auteur, j'ai découvert
ce qui a servi de déclencheur pour l'écriture de ce roman. Il s'agit d'une
La force du
lieu est prégnante dans cette histoire. Les Abruzzes, c'est un environnement et une nature exceptionnelle, la verticalité du Gran Sasso qui domine de sa masse minérale toute la région. C'est
aussi des habitants
Aux deux soirées, Patrick
Chamoiseau était présent. Il a longuement évoqué les résistances silencieuses qui ont permis aux esclaves de se reconstruire intérieurement après le passage du gouffre des bateaux
négriers où leur humanité avait été niée, anéantie...
Les retrouvailles avec notre ami
En cette soirée
d'octobre, le Grand Fleuve baignait encore nos échanges, tandis que nous évoquions les souvenirs de l'aventure vécue ensemble au sein de l'association "Averroès" dont
Francis fut de nombreuses années le président, avant de retourner en terre occitane.
Nous autres sommes des arbres aux feuilles mortes
Derniers Commentaires