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Symphonie de l'hiver

Publié le par MiJak

Pâleur de l'aube
la crinière de brume
du soleil
sème une poignée
de givre
sur l'étendue glacée

graffitis bleutés
sur l'argile blanche
de la plaine
un merle solitaire
a tracé des signes
mystérieux
écriture cunéïforme
syllabes d'un poème
insonore
la symphonie silencieuse
de l'hiver

(Mijak)

photo : Alex Ugalek (photographe biélorusse)

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Revêtir le monde

Publié le par MiJak

Chaque matin

revêtir le monde

comme on enfile

une chemise

à même la peau

de l’âme

Elle est introuvable

la membrane invisible

qui sépare et unit

le dehors et l’intime

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Sang d'encre

Publié le par MiJak

Sonder la terre

Fouiller l’humus

Traquer le sens

des choses

cachées.


Le sang

craché

des sillons

creusés

à même l’écorce

humaine

inondera

les rues

d’un torrent

de joie

 

(Mijak)

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Bouteille à la mer...

Publié le par MiJak

Bouteille à la mer, barque à la dérive sur les grandes eaux, ce journal de route imaginaire est resté abandonné depuis des mois à son sort sur l'océan du web...

Merci à toi, Françoise ! J'ai reçu ton appel d'il y a quelques jours comme une invitation à reprendre la barre, à remettre le cap vers des destinations inédites, explorer des golfes insoupçonnés, s'abandonner à l'appel de ports inconnus, accoster des rivages insolites et embarquer une nouvelle cargaison de mots, d'images et de poèmes.

En ces temps crépusculaires, nous avons besoin de mots pour réveiller en nous le désir de l'aube, nous avons besoin de cette matière solaire qu'est la poésie...

Les rencontres en poésie n'ont pas manqué ces dernières semaines. A commencer par l'inauguration de l'expo VISAGES D’UNE POÉSIE VIVANTE ! de Tanguy Guézo, au Polaris à Corbas, il y a juste un mois, le 5 janvier. Joie de retrouver ces amis que sont Thierry Renard, Mohammed El Amraoui, Stéphane Juranics, sans oublier bien sûr ce cher Denis Pourawa.

Il y a quelques jours, à Vénissieux, Denis, selon la coutume kanak, a transmis le "manu" (étoffe colorée utilisée pour la coutume) à Samira Negrouche. Cette dernière, poète algérienne, prend le relais de Denis pour une résidence littéraire à Vénissieux. Occasion d'apprendre une bonne nouvelle : Denis va venir habiter sur Lyon où il a rencontré l'amour. Un poète de plus pour réchauffer nos coeurs et colorer les murs trop gris de nos existences... Voilà un vrai bonheur à partager !

En cadeau, ce poème de Denis POURAWA :
 

Zhommes

Homme
Je ne suis pas de ce monde
Je suis né pour servir un autre rêve
Je ne trouve pas ma place
Je suis en avance dans un retard
La pensée blanche
Ni la pensée noire
Pas convaincues
Je ne suis pas un homme de race
Je suis né pour vivre un autre rêve
Je ne suis pas de ce monde
Homme 

 

 

 

 

 

Poème extrait de "La tarodière",
Editions "Vents d'ailleurs", 2010,
p. 21

 

Denis Pourawa

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Nord poétique

Publié le par MiJak

Nord poétique

Voyageurs égarés dans les brumes
Sur le grand océan glacé
L’amour est ce qui nous reste.

Comme la quille émergée
d’un bateau naufragé,

Nos cœurs s’y agrippent
pour ne pas sombrer

Quelle beauté s’offrira encore
à nos yeux fatigués par
le temps qui passe,
à nos regards blasés par
l’usure du désir ?

Cavalier des mers
qui ne connait
ni port d’attache, ni havre,
sans boussole, ni refuge,
le poète
chevauche la grande houle incertaine

il suit la route des étoiles
et dédaigne les caprices du vent

l’étrave de son navire
fend les ténèbres aquatiques

et fait jaillir en gerbes d’écume
des perles de lumière

Où se donne à voir
la transparence des abîmes

Et l’intraitable beauté
d’un monde en genèse

Mijak, mars 2015

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Poème suspendu (Vénus Khoury-Ghata)

Publié le par MiJak

La route qui va de Circé à la Grande Ourse passe sous sa fenêtre

les enfants l'empruntent pour se rendre à l'école

les tabliers au passage accrochent une étoile dormante

une plainte s'élève en forme d'étincelle

Bérénice la frileuse rêve d'une couette

Bételgeuse l'égarée d'un jardin clôturé d'un trèfle à quatre feuilles

Le temps est au chèvrefeuille et à la méditation

les gens marchent dans leur sommeil

les écoles suivent le vent

les enfants sont en papier

Vénus Khoury-Ghata, Poèmes suspendus
Quelle est la nuit parmi les nuits . - Mercure de France, 2004, p.43

Poème suspendu (Vénus Khoury-Ghata)

Publié dans Eclats de mots

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Expérience de l'hiver (Eric Sarner)

Publié le par MiJak

Turin juillet 2014
Turin juillet 2014

Les pluies lourdes
ces jours
espoirs trempés jusqu'à la mèche
depuis ce matin j'ai seulement marché
pour dire que
quelque chose marchait
le fil de corde a tenu bon
l'heure a passé
sans rechigner ni courir
et là
tandis qu'une chatte appelle
dehors
dans l'air mouillé
je vais
coucher ce qui reste en moi d'intact
avec
ce qui
n'est déjà
plus

Eric SARNER, Coeur chronique / Le Castor Astral, 2014, p. 22

Prix Max Jacob 2014

Publié dans Eclats de mots

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De Gaza à Lorient

Publié le par MiJak

De Gaza à Lorient

Le festival interceltique de Lorient 2014 s'est clos ce dimanche. S'il a connu, selon ses organisateurs, un succès proche de celui de l'édition 2010, avec environ 750.000 visiteurs et spectateurs, il est vrai que dans l'actualité de ces dernières semaines il a été éclipsé par d'autres évènements malheureusement moins réjouissants.

Parmi eux, le drame vécu par les habitants palestiniens de la Bande de Gaza. Prise sous le feu des bombardements meurtriers des forces israéliennes sur cette étroite portion de terre, véritable prison à ciel ouvert, la population gazaouie vit un cauchemar. Il est temps que cesse cette situation intolérable dont les victimes sont souvent des enfants... Souhaitons que la trêve déclarée dimanche se prolonge et que les négociations en cours au Caire sortent enfin de l'impasse et débouchent sur du concret... Il est temps surtout que cesse l'impunité dont bénéficie les dirigeants israéliens coupables de graves violations du droit international et responsables de véritables crimes de guerre. Lors du rassemblement qui s'est tenu à Lyon mercredi dernier, Gilles Devers, avocat au Barreau de Lyon, a exposé les circonstances et les enjeux de la plainte déposée auprès de la Cour Pénale Internationale. Cette plainte a toutes chances d'aboutir, malgré les difficultés politico-juridiques, spécialement les pressions exercées par plusieurs gouvernements occidentaux... Voir ci-dessous.

Au fait, il existe bien un lien entre Gaza et le festival interceltique. Je l'ai découvert grâce à une émission sur Arte. Il s'agit d'un reportage effectué par Vincent N'Guyen pour son émission "Par avion", dans la région des Highlands en Ecosse. Au cours de son périple, le reporter rencontre un artiste, professeur de cornemuse qui lui raconte l'histoire de cet instrument emblématique de la musique celtique, instrument vedette du défilé des bagads à Lorient.

La cornemuse, sous des formes et des noms très divers est un instrument répandu dans tout le pourtour méditerranéen : highpipe écossais, uillean pipe irlandais, biniou breton, cabrette auvergnate, mezwed tunisien, tulum de Turquie, zampogna d’Italie du Sud, gaita de Galice, etc... C'est que cet instrument a une histoire très ancienne qui remonte à l'Antiquité. Instrument pastoral à l'origine, l'ancêtre de la cornemuse serait née en Orient, et plus précisément selon cet interlocuteur, dans la région de Gaza !

J'ignore si les musiciens palestiniens utilise encore un instrument qui serait l'héritier en ligne directe de cet ancêtre. La chose n'est sans doute pas impossible. En effet, à côté du "mezoued" tunisien ou du tulum turc, on rencontre dans tout le Proche-Orient un instrument de la famille des anches, à l'origine taillé dans le roseau. Instrument à vent à anche double il reçoit diverses appellations (zurna, zokra, surnay, zamr, zamour ou encore algaita, ghaita, rhaita, etc... selon qu'on le trouve en Egypte, Tunisie, Turquie, Liban, Syrie, Irak, Iran.. ou Afrique du Nord...

Dans le contexte du drame que traverse le peuple palestinien depuis tant d'années, j'ai reçu comme un petite lueur d'espoir cette nouvelle que Gaza - dont on connaissait déjà les trésors d'histoire - pourrait être le berceau de la cornemuse. Certes, à une époque récente, l'instrument a été réquisitionné par des militaires sur des champs de bataille. Mais cette utilisation "guerrière" ne représente qu'un malheureuse parenthèse. Après avoir été un instrument de bergers, la cornemuse a surtout servi à accompagner et faire danser de nombreux peuples de la Méditerranée à l'Europe du Nord au cours des noces, bals et fêtes populaires qui jalonnaient leur existence collective... A l'image du festival interceltique, la cornemuse et ses cousins sont devenus aujourd'hui un symbole de la rencontre des cultures et de l'amitié entre les peuples. A Gaza - comme ailleurs - le timbre puissant de la cornemuse arrivera-t-il à faire taire un jour enfin le fracas des armes ?

De Gaza à Lorient
De Gaza à Lorient
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Roger Dextre : un murmure continué

Publié le par MiJak

La rivière s'est pour ainsi dire, dans un mouvement de temps dont les torsions et la fluidité échappent à la prise et au désir de trouver, substituée à l'espace ouvert entier et non entier, s'y est subrogée àcause du défaut et de l'incapacité de s'en tenir à l'essentiel et tout simplement de s'y tenir durablement.

A un temps instantané et éternel (la joie) elle a offert la solution du venir, du passage, de l'aller; à l'immense elle a donné une figure plus basse, un tracé mieux situé qui sépare et unit les pentes des prairies contigües qu'un regard surplombe. On ne peut même pas dire que ce soit pour quelqu'un de particulier, volubile ou muet.

 

riviere.jpg

 

Et surtout au mutisme, à la stupéfaction et à l'exclamation, elle a insinué le propos du bruit, un murmure à peine articulé ni perçu dont la continuité, les éclats, de quasi silences, aussitôt démentis par la chanson plaisante, obstinée, riviéreuse de son cours, s'annoncent à l'oreille comme les contraires et les prémisses de la voix. Cette dernière, contrainte de commencer (d'avoir une intonation qui rompt, surprend, rugit, emporte) avant de poursuivre un dire, des phrases ininterrompues et reprises par le souffle, suit son décours jusqu'à une fin provisoire. Une halte. Entre deux mouvements de parler, l'un impossible, étranglé, l'autre tenté par un désir infondé et d'un empire inouï, une rivière fut la solution étrangère? Etrangère et quasiment hostile au vouloir en général et en particulier... Je me demande si je ne me suis pas déjà égaré. Ca sent la ferme et le hameau; il est trop tôt, ça réveille les chiens.

 

A travers

Roger DEXTRE, Entendements et autres poèmes. - La Rumeur libre, 2012, p.14-15

Publié dans Eclats de mots

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Edouard Glissant : demains

Publié le par MiJak

Il n'est pas d'arrière-pays. Tu ne saurais te retirer derrière ta face.

 

C'est pourquoi dérouler ce tarir et descendre dans tant d'absences,

pour sinuer jusqu'à renaitre,

noir dans le roc.

 

Edouard GLISSANT, Boises, in : Le Sel noir, Gallimard (coll. "Poésie"), p. 186

 

Foret-Basse-Terre.JPG

Publié dans Eclats de mots

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